La RTK, la radio-télévision nationale, diffuse ses programmes depuis 1999. Parvenant progressivement à développer son activité, elle est constamment à la recherche de moyens pour se moderniser.

« La régie date de 2005, elle est un peu vieille », déplore Lorik Arifaj, directeur de RTK-TV, qui nous guide pour la visite. Autour de nous, effectivement, la console et les écrans nous replongent 20 ans en arrière dans l’histoire de la télé. « Comme beaucoup d’appareils ici, cette régie nous a été fournie par d’autres pays. Là, c’est la télévision japonaise qui nous a aidés à mettre tout en place », poursuit-il. Au fil de la visite, on se rend bien compte que, dans l’ensemble des bâtiments, le matériel n’a pas été renouvelé depuis son installation, en 1999, après la guerre.

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Le matériel de régie de la télévision publique kosovare date de quinze ans. © Sophie Vincelot

Un manque de moyens criant

La chaîne a rouvert dès la fin du conflit. À l’époque, elle n’émettait que deux heures par jour, faute de moyens. Progressivement, la couverture s’est étendue, pour atteindre une diffusion sur 24 heures quotidiennes aujourd’hui, avec 700 salariés, en parallèle avec la radio nationale, installée un peu plus loin dans Pristina.

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C’est sur ce plateau que sont tournés les journaux d’information de la RTK. © Sophie Vincelot

Le financement, lui, n’a pas suivi. Les ressources de la RTK proviennent principalement des impôts, et notamment par la taxe d’habitation (3,50€ par an et par foyer). Avec 10 millions d’euros de budget annuel, la radio-télé publique kosovare est la moins bien dotée de ses voisins : 24 millions en Albanie, 60 millions en Serbie, 100 millions en Croatie… et plusieurs milliards d’euros pour France Télévisions. « Nous filmons toujours avec des caméras fournies par la ZDF, la télévision allemande, et la BBC, en 2000″, déplore Lorik Arifaj.

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Une télévision pour tous

Une faiblesse des moyens qui se répercute également sur les programmes de la chaîne. Les droits de diffusion des événements sportifs, par exemple des matches de football, représentent des sommes conséquentes (150 000 € pour six matches de la sélection kosovare).

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La RTK dispose de plateaux de jeu pour accueillir du public. © Sophie Vincelot

Mais la RTK parvient tout de même à capter l’attention de la majorité du public kosovar (un tiers de part d’audience, diffusion n°1 dans le pays). Le groupe comporte quatre chaînes. La première, RTK-1, propose des programmes en albanais, alors que la seconde, RTK-2, diffuse en serbe.

L’une de nos séries télé a atteint 3 millions de clics sur YouTube. Pas mal pour un pays de 1,8 millions d’habitants.

Côté programmes, la RTK s’adresse à tous les publics : émissions politiques, sports avec la rediffusion des matches de l’équipe nationale et des clubs en coupe d’Europe, journaux d’information, programmes pour enfants… Le plus populaire est une série télé dont le thème est la vie d’une famille racontée par les enfants à leurs voisins. « On a atteint les 3 millions de clics sur YouTube. Pas mal pour un pays de 1,8 millions d’habitants« , se félicite le directeur de la chaîne. Tous les programmes de divertissement d’une chaîne sont tournés dans un seul et même studio, dont le décor est changé à chaque fois. Un ancien garage.

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Lorik Arifaj, directeur de la RTK, explique comment se déroule une conférence de rédaction de la chaîne. © Thomas Schnell

Le problème de la censure

Les journaux d’info sont également les plus regardés du pays. Trois journaux en albanais sont diffusés sur RTK-1, à 8, 12 et 20 heures. La même chose est proposée en serbe sur la 2. « Nous disposons aussi d’un créneau, sur notre quatrième chaîne, de 16 à 17h, tous les jours, consacré à d’autres minorités, avec des journaux en Bosniaque, par exemple« , explique Lorik Arifaj. La RTK-3 est une chaîne qui, elle, est exclusivement consacrée à l’actualité, avec des journaux toutes les heures.

Certains hommes politiques nous appellent quand les reportages ne leur plaisent pas !

« Tous les matins vers 9 heures, les journalistes se retrouvent en salle de conférence pour décider des sujets à traiter, avant de partir en reportage« , indique-t-il. Comme en France, les équipes sont composées de deux journalistes, un rédacteur et un journaliste reporter d’images ; mais là aussi, le matériel est obsolète.

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La censure est également parfois un problème : « Certains hommes politiques nous appellent lorsque ce qui est diffusé ne leur plaît pas« , raconte notre guide. Ce qui pourrait ne pas aider à améliorer le quotidien de la chaîne.

Marc van Torhoudt et Sophie Vincelot

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