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Les tensions à Mitrovica dégénèrent

Un tireur d’élite a cru apercevoir un homme armé sur le toit d’un immeuble alentour. Nous sommes le 9 septembre 1999 sur le pont d’Austerlitz à Mitrovica, dans le nord du Kosovo. Les tensions entre Serbes et Albanais sont vives.

Tout a commencé dans le village de Kroï i Vitakut, un des territoires serbes au nord de Mitrovica. Ici, le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) réinstalle des familles albanaises exilées pendant le conflit.  Expulsées par des paramilitaires serbes, elles sont logées sommairement dans des tentes de toiles sur un flanc de colline. Le réaménagement s’annonce compliqué, la population serbe avait en partie occupé les habitations désertées.

Quelques jours après le retour des exilés, les autorités serbes coupent l’arrivée d’eau du quartier, gardé par des soldats français. Puis, durant trois jours, des familles serbes montent des barrages pour protester contre le retour jugé trop rapide des Albanais.

En fin d’après-midi, une manifestation serbe se dirige vers Kroï-i-Vitakut. Les nationalistes serbes, encadrés par leur responsable local, Oliver Ivanovic, se sont mobilisés.

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Dans l’enclave serbe, le ton monte. Après les insultes, les pierres commencent à voler. Un Albanais est touché au visage. Des tirs se font entendre. Les militaires français interviennent. Un gendarme tente de désarmer un homme armé d’un fusil automatique. Dans la rixe, le Français le blesse à la jambe. Trois Serbes sont arrêtés.

Quelques heures plus tard, suite à l’intervention des soldats français, des groupes d’hommes serbes se forment à Zvecan, à quelques kilomètres de Kroï-i-Vitakut .

En face, des Albanais. Une cinquantaine d’entre eux profite de la nuit tombée pour traverser le « pont de la discorde » à Mitrovica et rejoindre le côté serbe, au nord de la ville.

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Deux grenades dirigées vers les militaires français explosent et blessent six soldats et deux gendarmes ainsi que des manifestants de chaque côté. Les activistes sont finalement dispersés avec des tirs de rafales en l’air, des obus à blanc et finalement, du gaz lacrymogène. La manifestation dure toute la nuit.

Le lendemain en fin de matinée, sur le pont de Mitrovica, une manifestation se forme à nouveau avec près de 300 jeunes Albanais qui tentent de passer de l’autre côté. Les Français, avec le soutien des carabiniers italiens, s’efforcent d’empêcher les deux parties de se rencontrer.

Jamais la tension n’avait été aussi palpable. Quelque dizaines d’Albanais, une quarantaine de Serbes et une quinzaine de soldats français ont été blessées, dont huit touchés par des éclats de grenade. Un niveau de violence rarement atteint depuis la fin du conflit.

Partenariat ECPAD

L’ECPAD est un centre d’archives et de production audiovisuelle,  sous la tutelle du ministre des Armées. Il témoigne de l’engagement de l’armée française sur les conflits.  Ses équipes de reportage sont présentes sur tous les théâtres d’opérations dans le monde.

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