Peuple à l’origine nomade, les Ashkalis constituent l’une des minorités les plus pauvres du Kosovo. Victimes de nettoyage ethnique comme les Roms, cette communauté albanophone et musulmane reste marginalisée au sein du pays et peine à avoir accès aux services publics fondamentaux. 

Ils se décrivent comme un peuple installé dans les Balkans depuis l’époque ottomane. Pourtant, leur communauté est née après la guerre du Kosovo. En 1999, pour éviter d’être confondus avec les Roms, les Ashkalis forment une ethnie à part entière. L’objectif pour ces albanophones musulmans : faire reconnaître leurs droits, comme un ultime recours aux atrocités du conflit.

A l’instar d’autres minorités, les Ashkalis ont payé un lourd tribut lors des différents conflits en ex-Yougoslavie. Mais difficile de connaître le nombre de pertes. Ce peuple nomade, proche des Albanais du Kosovo, est à l’époque comptabilisé comme des Albanais et échappe aux registres officiels. Les rares chiffres font état d’au moins 200 000 Roms, Ashkalis et Egyptiens des Balkans vivant au Kosovo avant 1999. Aujourd’hui, ils seraient environ 38 000, disséminés aussi bien dans des enclaves serbes que dans le sud du pays, majoritairement albanais. Accusés de collaboration avec le régime serbe par les extrémistes albanais, ils ont été victimes d’un nettoyage ethnique.

Comme les Roms donc, les Ashkalis restent isolés et marginalisés. Ainsi, 90% des membres de l’ethnie sont au chômage. Pour beaucoup, l’accès aux institutions publiques (justice, école, services publics) demeure difficile.

Une situation désespérée pour les Ashkalis

Le malaise de la communauté au sein du pays est telle que les Ashkalis sont régulièrement pris pour cible lors des manifestations de violence. En 2004, cinq ans après la guerre, Human Rights Watch dénonce dans un rapport le manque de protection de la Force de Paix au Kosovo à leur encontre. Selon l’ONG, l’instance, placée sous le commandement de l’OTAN, n’a pas su protéger les minorités contre des attaques les visant les 17 et 18 mars 2004. Pendant 48 heures, 33 émeutes éclatent au Kosovo. 19 individus perdent la vie au cours des violences. 550 maisons sont incendiées. 4 100 personnes issues des minorités déplacées. Et les Ashkalis sont sévèrement touchés. Rien que dans le village de Vucitrn, 69 maisons de membres de l’ethnie sont détruites.

A Fushë Kosovë, près de Pristina, des hommes Ashkalis attendent près d’une route pour obtenir un travail. 
©Andrew Testa/Panos for Human Rights Watch

Constituant avec les Roms et les Egyptiens du Kosovo l’une des minorités les plus pauvres du pays, beaucoup d’Ashkalis sont obligés de fuir le pays à cause de l’instabilité politique, des conflits ethniques, mais aussi de la pauvreté extrême. Certains réussissent à obtenir le statut de réfugiés à l’étranger. Mais, d’autres restent soumis à des mécanismes de protection temporaire. En 2010, l’ONG Human Rights Watch alerte à nouveau sur la situation de la minorité, face à la multiplication des expulsions vers le territoire kosovar. « Les Roms et les groupes minoritaires apparentés expulsés d’Europe occidentale vers le Kosovo y subissent la discrimination et se retrouvent dans un profond dénuement, ce qui équivaut à des violations des droits humains », déclare-t-elle dans son rapport.

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Pourtant, quelques instances tendent à représenter les Ashkalis. En 2000, Sabit Rrahmani crée la première formation politique ashkali. Son nom : le parti démocratique des Albanais du Kosovo Ashkali (PDAK). Le député, qui siège à l’assemblée kosovare entre 2004 et 2007, soutient la création de l’Etat kosovar au nom de la communauté. Lors des récentes élections législatives au Kosovo, le PDAK a obtenu 2 195 votes, soit 0,31% des suffrages exprimés. Un score en baisse par rapport au précédent scrutin.

Sophie Vincelot

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