Un tribunal spécial chargé de juger des crimes de guerre présumés commis en 1999-2000 par des membres de la guérilla indépendantiste kosovare albanaise ouvre ses portes cette année à La Haye.

Le Kosovo se retrouve une fois de plus face à son lourd passé. Un tribunal spécial s’ouvre à La Haye pour faire la lumière sur les crimes de guerres présumés de l’Armée de libération kosovare, l’UÇK, entre 1999 et 2000.

La présidente de ce tribunal, Ekaterina Trendafilova, aura la lourde tâche de juger les héros de la guerre d’indépendance. Le tout, sans rompre le fragile équilibre entre les communautés kosovares albanaises et serbes, encore à couteaux tirés après un conflit fratricide.

Qu’est-ce que c’est ?

Le tribunal spécial pour le Kosovo est une juridiction de droit kosovar, mais dont les locaux ont été installés à La Haye, aux Pays-Bas. Le but est d’assurer la protection des témoins et empêcher les cas de corruption. Ces chambres spécialisées seront compétentes pour les faits commis entre le 1er août 1999 et le 31 décembre 2000. Pour ces crimes, le tribunal aura le primat sur tout autre juridiction au Kosovo.

Établies grâce à une loi votée en 2014 par le parlement kosovar, ces juridictions pourront appeler à comparaître toute personne soupçonnée par le procureur spécial David Schwendiman. Même l’actuel président du Kosovo, Hashim Thaçi, pourrait se retrouver à la barre.

Qu’aura-t-il à juger ?

Meurtre, viol, emprisonnement, prostitution forcée… La liste des crimes prêtés à la rébellion kosovare est longue. Le tribunal spécial doit émettre dans les prochains mois ses premiers actes d’accusation. Mais le procès le plus polémique devrait concerner le trafic d’organes présumé commis par des rebelles kosovars de l’UÇK.

D’abord dénoncés dans un livre controversé de l’ancienne procureure générale du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte, ces faits sont au cœur du rapport de Dick Marty. Ce parlementaire suisse mandaté par le Conseil de l’Europe a confirmé en 2010 la thèse d’un trafic d’organes prélevés par l’UÇK sur « 500 prisonniers entre 1999 et 2000″.

Tous deux dirigent leurs accusations contre l’actuel président du Kosovo, Hashim Thaçi, à la tête de l’armée indépendantistes.

L’enquête menée par le parquet général du tribunal spécial a permis de confirmer « moins de dix cas« . Une dizaine de membres de la hiérarchie de l’ancienne Armée de Libération du Kosovo (UÇK) devrait être poursuivie.

Les réactions au Kosovo

Les attentes suscitées par l’ouverture de cette cour sont immenses. Les Serbes et les défenseurs des droits de l’Homme avaient dénoncé le silence entretenu autour des crimes de l’UÇK, la guérilla albanaise, par les pays occidentaux.

« La communauté internationale a toujours détourné son regard des crimes commis à partir de juin 1999, affirme la directrice du Fonds pour le droit humanitaire, Nataša Kandić, à nos confrères du Courrier des Balkans. Des organisations comme Amnesty international ont eu beau réclamer que la Minuk et Eulex mènent des enquêtes sur les Serbes et les Roms disparus, cela n’a jamais été suivi d’effets, faute de volonté politique. »

« La communauté internationale a toujours détourné son regard des crimes commis à partir de juin 1999″, affirme la directrice du Fonds pour le droit humanitaire, Nataša Kandić.

Une crainte demeure. Les témoins de crimes de guerre vivent déjà dans la peur de disparaître mystérieusement. Dans une précédente affaire, une personne censée être protégée par la mission de l’Union européenne au Kosovo Eulex est morte dans d’étranges circonstances. Mais toutes les mesures ont été prises, assure désormais le tribunal spécial.

Hugo Lemonier

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