Début juin se tenait à Paris la septième édition du festival de cinéma South East European (SEE), dédié au 7e art dans les balkans. Kosovox y a rencontré trois acteurs majeurs de la scène culturelle dans les Balkans : Jordan Plevnes, Nicolas Wieers et Haziz Vardaar.

Entre deux projections, les trois amis se retrouvent dans la salle de restaurant du cinéma. Cette année, L’entrepôt accueille la septième édition du South East European. Auteur dramatique d’origine macédonienne, Jordan Plevnes est entouré de deux vieilles connaissances. Autour de la table, Nicolas Wieers, Belgo-slave, président du festival Balkan Traffic dédié aux arts vivants des pays du Sud-Est européen, et Haziz Vardaar, Albanais d’origine, directeur du Palace. Trois personnages hauts en couleurs, et surtout, trois amoureux des Balkans.

De gauche à droite : Jordan Plevnes, Nicolas Wieers et Haziz Vardaar © Thomas Schnell

A l’affiche ce soir-là, Home Sweet Home de Faton Bajraktari, un film kosovar qui raconte l’histoire de la lente et difficile reconstruction d’un soldat, traumatisé par la guerre du Kosovo.

Le Kosovo a envoyé Home sweet home aux Oscars 2016 © Faton Bajraktari

« Les cinéastes racontent les sujets de leur vie quotidienne et du passé. Ces souvenirs sont devenus des films, des scénarios, ils font partie de leur représentation du monde », explique Jordan Plevnes.

Souvent, les films kosovars décrivent les conséquences de la guerre. « Les réalisateurs veulent sortir des stratégies politiques. Les Kosovars ont trop souffert des spéculations étatiques et de leurs idéologies qui sont des industries à produire de la haine. Aujourd’hui, ils se tournent vers la production culturelle qui, elle, crée de la solidarité, une vision d’ouverture.« 

Nicolas Wieers a fondé Balkan Trafik pour faire connaitre les talents artistique dans les Balkans © Thomas Schnell

Une production rayonnante à l’international

Son voisin opine. Selon Nicolas Wieers, il existe bel et bien un cinéma kosovar. « Le Kosovo est grand comme un mouchoir de poche. Donc il est très fréquent de rencontrer sur la terrasse d’un café un réalisateur, un scénariste et le ministre de la Culture en train de discuter. » Une situation qui contribue à l’ébullition de la création.

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Les trois amis sont d’accord,  aujourd’hui tout a    changé : « Le Kosovo est en train de se révéler au cinéma international. Aujourd’hui, les artistes gagnent des prix dans des festivals internationaux et sont à la base d’une nouvelle énergie culturelle des Balkans« , résume Jordan Plevnes.

C’est pour cette raison qu’il a lancé le SEE, qui rassemble les cinéastes des Balkans, en 2010. Il se rappelle avoir diffusé le film Three Windows and a hanging de Isa Qosja, avant que celui-ci ne soit nommé au Academy Award for Best Foreign Language Film, un concours pour professionnels du cinéma. Et cette année, le jury des Oscars a sélectionné le court-métrage Shok de Visar Morina lors de sa 88e cérémonie. Une première pour le Kosovo.

Première nomination internationale en 1967

Impossible de passer à côté de Bekim Fehmiu qu’il considère comme le père du cinéma kosovar. Les cinéphiles auront vu le visage de cet acteur à la carrière internationale dans J’ai même rencontré des tziganes heureux d’Aleksandar Petrovic, film primé au festival de Cannes en 1967. Il a aussi incarné Ulysse dans une série télé populaire des années 60, L’Odyssée du producteur Italien Dino de Laurentiis.

Shok, premier film kosovar sélectionné aux Oscars © Thomas Schnell

« On sent dans le domaine du cinéma, une nouvelle contribution à l’identité kosovare. »

« Les Albanais du Kosovo n’ont pas été spécialement favorisés pendant l’occupation serbe : pas d’accès à l’école, interdiction de parler leur langue. Désormais il existe une envie de découverte et d’ouverture d’esprit. Aujourd’hui, les Kosovars réagissent », avance Nicolas Wieers. Et Haziz Vardaar de lui répondre : « D’ailleurs, les festivals de cinéma au Kosovo sont de véritables succès populaires. Il y a le Dokufest qui se déroule en plein air magnifique. Et puis, le Kosovo n’est pas bien grand, dès qu’il se passe quelque chose, tout le monde s’y rend. Les gens aujourd’hui semblent à la recherche d’ouverture. »

S’ouvrir à l’Europe

Une ouverture en direction de l’Europe. Appartenir à l’Union européenne serait le signe d’un avenir meilleur pour le Kosovo. Jordan Plevnes se remémore les premières années du festival : « On m’accusait de présenter des films kosovars alors que l’État n’est pas reconnu partout. Je ne suis pas une institution, je souhaite seulement voir émerger les talents d’un pays jeune, au cœur de l’Europe. » Il fréquente ainsi les étudiants de l’université de Pristina. « Ce sont de jeunes curieux qui ont vu les grands films européens, de la Nouvelle vague au cinéma d’Almodovar.  » Ils sont avides d’Europe même si la circulation dans l’U.E. reste compliquée.

La programmation du SEE 2017 fait débat : y a-t-il assez de films kosovars ? © Thomas Schnell

Le fondateur du festival voit dans le Kosovo un renouvellement de l’enthousiasme européen, mais qui doit encore dépasser les clivages ethniques. Pour lui, le cinéma est la solution : « C’est bouleversant de voir ces ennemis ancestraux –Serbes, Albanais, Macédoniens, Monténégrins, Bosniaques, Kosovars – manifester, les uns aux côtés des autres. Parce que le développement du cinéma leur permet de faire connaître leur pays auprès des Européens. »

Thomas Schnell

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