Les Kosovars vous le diront, c’est la plus belle ville de leur pays. Prizren, située à 80 kilomètres de Pristina, dévoile de jolis trésors. Une parenthèse revigorante après plusieurs jours dans la capitale kosovare.

9h30, gare routière centrale de Pristina. Le bus part à l’heure. Nous quittons la capitale kosovare, sa pollution, sa banlieue, ses concessions automobiles rutilantes. Nous laissons également derrière nous ses cliniques privées flambant neuf qui jouxtent des maisons sur le point de s’écrouler… Les arrêts de bus s’espacent, on prend de la vitesse.

Sur la route Pristina-Prizren, nous avons découvert des paysages incroyables. © Manon Gayet

Sur la route Pristina-Prizren, nous avons découvert des paysages incroyables. © Manon Gayet

80 km et deux heures de route plus tard, nous voici à Prizren. Un peu sonnées, nous découvrons d’abord la périphérie de la ville : sale, polluée, semblable à certains quartiers de Pristina. C’est la douche froide… Mais dans nos têtes seulement. La température extérieure dépasse déjà allègrement les 35°C. On se met en marche vers le centre historique de la ville.

Enfin, le centre historique se dessine avec un premier pont ! © Sophie Vincelot

Soulagées, nous apercevons enfin la rivière Lumëbardhi/Prizrenska Bistrica. Elle sépare la ville en deux et a donné lieu à la construction de nombreux ponts en pierre. Le plus connu d’entre eux est notre premier arrêt.

Le « vieux pont de pierre »

En albanais, il est appelé « Ura e vjetër e gurit », en serbe, « Stari kameni most ». Edifié au 15e siècle, il a notamment permis le développement du commerce entre les deux parties de la ville. Il est constitué de trois arches. Les habitants de Prizren sont tellement attachés à ce pont que, lors de son effondrement en 1979 après une crue importante, ils décident de le reconstruire à l’identique.

Le vieux pont de pierre de Prizren enjambe la rivière Lumëbardhi. © Manon Gayet

Le vieux pont de pierre de Prizren enjambe la rivière Lumëbardhi. © Manon Gayet

Une fois le pont traversé, la magie opère et Prizren dévoile son vrai visage, celui d’un centre historique plein de charme. À deux pas, se dresse justement la majestueuse mosquée de Sinan Pacha. Un véritable symbole pour la ville.

La mosquée Sinan Pacha se dévoile depuis la rue principale de Prizren. © Manon Gayet

La mosquée Sinan Pacha se dévoile depuis la rue principale de Prizren. © Manon Gayet

La mosquée de Sinan Pacha

Sous le soleil de midi, la blancheur de ses pierres éblouit. La plus fameuse mosquée de Prizren a été bâtie au début du 17e siècle, à la demande de Sofi Sinan Pacha. Ce dernier est alors beylerbey de Bosnie, c’est-à-dire « émir des émirs », la plus haute distinction de l’Empire ottoman. Selon la croyance populaire, le bâtiment a été édifié sur les ruines du monastère serbe des Saints-Archanges, datant du 14e siècle.

La mosquée Sinan Pacha a été édifiée au 15e siècle. © Sophie Vincelot

La mosquée Sinan Pacha a été édifiée au 15e siècle. © Sophie Vincelot

Construite sur des fondations surélevées, la mosquée surplombe la rue principale de la ville. Son minaret s’élève ainsi à plus de 40 mètres de hauteur, terminé par un chapeau en plomb qui brille au soleil. À l’intérieur, il est possible d’admirer des motifs floraux bleus. Ces décorations sont mises en valeur par la lumière extérieure qui tamise la pièce. Pas question de rêvasser pour autant, retour à la chaleur extérieure. Nous remontons la rue principale de Prizren, Vatra Shqiptare, sur quelques mètres pour déboucher sur la place historique de la ville.

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La place Shadërvan

La température frise désormais les 40°C. L’ombre offerte par les grands arbres qui bordent la place Shadërvan est plus que bienvenue. Si, au premier abord, elle ne paie pas de mine, cette place pleine de charme se caractérise par sa fontaine, un peu en retrait, ses bars, ses restaurants et ses petites maisons.

La place Shadërvan, dans le centre historique de Prizren. © Manon Gayet

La place Shadërvan, dans le centre historique de Prizren. © Manon Gayet

Nous poursuivons la balade à quelques mètres de là… Pour tomber nez-à-nez avec la mission d’administration intérimaire des Nations unies (Minuk), qui protège l’église Saint-Georges, depuis les pogroms contre les Serbes en 2004.

La cathédrale orthodoxe Saint-Georges

Pour entrer dans l’église, il faut montrer patte blanche. Il est, entre autres, interdit de photographier l’édifice et de se promener en tenue légère. © WikiCommons

Dès l’entrée, la couleur est annoncée. Les deux soldats présents font bien leur travail : identité, profession, raison du voyage au Kosovo… Les questions se multiplient. On fait le tour de l’édifice sous leur œil attentif.

La cathédrale orthodoxe serbe Saint-Georges a été construite en 1887. Elle jouxte la petite chapelle éponyme, bâtie par les frères Runović, des notables de la région.

L’église de Saint-Nicolas/Tutić fait face à la cathédrale Saint-Georges. © Sophie Vincelot

La forteresse de Prizren

Pour terminer ce tour d’horizon de Prizren, on grimpe. Direction la forteresse Kalaja, perchée sur les hauteurs de la ville. Cette citadelle médiévale a notamment servie de base militaire à Stefan Dušan, roi de Serbie, puis empereur des Serbes et des Romains au 14e siècle.

La forteresse disposait d'accès souterrains pour rejoindre la tour de garde, les remparts... sans être repérés par l'ennemi. © Manon Gayet

La forteresse disposait d’accès souterrains pour rejoindre la tour de garde, les remparts… sans être repéré par l’ennemi. © Manon Gayet

Ça monte ferme, la sueur coule des fronts et les bouteilles d’eau se vident à vitesse grand V. Nous atteignons la porte d’entrée de la forteresse. La vue est déjà à couper le souffle. Encore quelques marches et nous découvrons un panorama à 360° sur la région. Victoire ! Les toits en tuiles orange de Prizren irradient sous le soleil estival. Les montagnes du massif Sharr s’étendent, majestueuses, à perte de vue…

Vue sur Prizren et sa région depuis la forteresse Kalaja. © Manon Gayet

Vue sur Prizren et sa région depuis la forteresse Kalaja. © Manon Gayet

Le site est encore en travaux. Fléchage, explications sur le site, barrières de sécurité… Les aménagements financés par l’ambassade des États-Unis au Kosovo ne sont pas terminés. Toutefois, quelques indications émaillent les ruines de la forteresse, dont il ne reste finalement que l’enceinte.

La rédactrice en chef s'est prêtée au jeu du shooting depuis la forteresse de Prizren. © Sophie Vincelot

La rédactrice en chef a pris la pause depuis la forteresse de Prizren. © Sophie Vincelot

Des étoiles plein les yeux, nous redescendons vite sur terre pour sauter dans le premier bus et rentrer à Pristina.

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Manon Gayet et Sophie Vincelot

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