Washington a sévèrement mis en garde, ce vendredi, les responsables kosovars contre toute tentative de remettre en question la création du tribunal spécial sur les crimes présumés de responsables de la rébellion indépendantiste en 1998-99, menaçant de « conséquences profondément négatives ».

Washington hausse le ton. Le 22 décembre, 43 députés kosovars avaient tenté de remettre en question le tribunal spécial sur les crimes de guerre prêtés aux responsables de l’Armée du Libération du Kosovo (UÇK) en 1998-1999.

Le Département d’Etat a réagi, ce vendredi, par un communiqué, dans lequel l’administration américaine exprime sa « profonde inquiétude après les récentes tentatives de l’Assemblée du Kosovo d’abroger la Chambre spéciale établie pour juger des crimes présumés contre l’humanité, des crimes de guerre ».

L’ambassadeur des Etats-Unis à Pristina, Greg Delawie, a renchéri sur son propre compte twitter, où il a déclaré que la remise en cause de ce tribunal aurait  « des conséquences profondément négatives sur l’avenir européen du Kosovo et ses relations avec les Etats-Unis ».

Ce vendredi, le média kosovar Gazetta Express avait publié un article, affirmant que le président Hashim Thaci, le premier ministre Ramush Haradinaj et le président de l’Assemblée du Kosovo, Kadri Veseli, échafauderaient un plan pour abroger le tribunal spécial. D’après le journal, une loi en ce sens pourrait être présentée au Parlement courant janvier.

Un trafic d’organes présumé

Le tribunal, composé de juges et de procureurs internationaux, basé à La Haye dans le but de protéger les témoins, fait partie du système judiciaire du Kosovo. Cette juridiction a été mise en place à la suite d’un rapport de 2011 du Conseil de l’Europe incriminant la guérilla indépendantiste kosovare (UCK).

Les juges devront notamment se pencher sur la disparition de 500 civils, principalement serbes, à la fin du conflit.

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Le rapport, appelé « rapport Marty », d’après le nom de son auteur, le parlementaire suisse Dick Marty, évoquait notamment des exécutions sommaires, des enlèvements et un trafic d’organes prélevés sur des victimes et mettait en cause l’actuel président kosovar Hashim Thaçi, qui a vivement démenti ces accusations.

 « La coalition des guerriers » unie contre le tribunal spécial

Ce tribunal spécial avait été institué par un vote du Parlement kosovar mais Hashim Thaçi l’a récemment critiqué.

Une pétition d’anciens membres de la guérilla kosovare a alors été lancée pour demander au Parlement d’abandonner le principe de la création de ce tribunal spécial, lui reprochant de cibler uniquement les Kosovars et de vouloir épargner les Serbes.

La semaine dernière, deux tentatives de réunir le Parlement en ce sens ont échoué, se heurtant au boycott de la session par l’opposition.

 « Les responsables kosovars ont à plusieurs reprises assuré que cette initiative ne porterait pas préjudice aux relations internationales du Kosovo. Ils sont dans l’erreur », poursuit le communiqué de l’ambassade américaine.

 « Nous sommes extrêmement déçus par ceux qui sont prêts à sacrifier l’avenir de leur pays et le soutien inconditionnel des Etats-Unis au profit de leurs intérêts personnels », ajoute le communiqué.

Ultime conflit qui a secoué l’ex-Yougoslavie, la guerre du Kosovo a fait 13.000 morts, principalement des Kosovars albanais. Elle s’est achevée quand l’Otan a bombardé la Serbie. Le Kosovo a déclaré en 2008 une indépendance que Belgrade ne reconnaît pas mais qui a été notamment reconnue par Washington.

Hugo Lemonier avec AFP

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