La coalition PAN, sortie laborieusement victorieuse des législatives de juin 2017, bloque le processus démocratique de la formation du gouvernement kosovar. Ce jeudi 10 août, pour la troisième fois consécutive, elle a boycotté la session parlementaire qui visait à désigner le président du Parlement.

« Ils jouent la montre en espérant rallier des voix », explique Loïc Trégourès, docteur en science politique, spécialiste des Balkans. « Ils« , ce sont les hommes politiques de la coalition PAN – le PDK (Kosovo Democratic Party, principal parti au pouvoir, issu de l’ancienne armée de libération l’UÇK), l’AAK (l’Alliance for the Future of Kosovo) et NISMA (Initiative for Kosovo) – arrivés en tête des suffrages des dernières élections législatives en juin. Ils ont décidé de boycotter la session parlementaire pour désigner le président du Parlement ce jeudi 10 août.

Avec 39 sièges remportés sur les 120 au Parlement, la coalition dite des « guerriers » a obtenu une majorité toute relative. Or, il faut 61 députés pour nommer le Président de l’Assemblée et proposer la composition d’un gouvernement.

En décidant de ne pas assister à la séance constitutive, la coalition PAN bloque le rouage parlementaire.  Le quorum est le nombre minimal obligatoire afin de procéder au vote. Lorsqu’il n’est pas atteint, le corps délibératif ne peut pas procéder au vote.

« Ils n’ont pas de majorité absolue pour faire élire au poste de président du Parlement Kadri Veseli (le président de l’Assemblée sortant et leader du PDK), dont les autres partis ne veulent pas. »

La session parlementaire ne comporte pas de limite temporelle selon la Constitution. La PAN a donc tout le temps qu’elle souhaite pour négocier et proposer ensuite un candidat qui sera validé par la majorité. Quitte à boycotter les séances parlementaires…

La liste serbe change la donne

Dans ce contexte troublé, la liste serbe (Srpska lista) a annoncé ce lundi soutenir le candidat de la coalition PAN, quel qu’il soit. Cette liste représente les Serbes du Kosovo.

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Selon le système politique kosovar, neuf sièges du Parlement leur sont dévolus d’office. La coalition peut dès lors compter sur neuf voix supplémentaires pour faire élire le leader de sa majorité.

Ainsi selon ce principe, la liste serbe pourrait soutenir Kadri Veseli, candidat pressenti par la coalition PAN, ou n’importe quel autre candidat, y compris Ramush Haradinaj (ancien Premier ministre), soupçonné de crimes de guerres contre les Serbes. Pour rappel, Belgrade avait réclamé son extradition alors que l’homme politique se trouvait en France, créant ainsi un incident diplomatique entre la France, la Serbie et le Kosovo.

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Des affiches grand format de Ramush Haradinaj dans les rues de Pristina
© Florie Castaingts

Les autres partis arrivés en tête, eux aussi, « jouent la montre »

De l’autre côté, Vetëvendosje (parti de gauche) et la LDK (parti de centre droit), arrivés respectivement deuxième et troisième lors des élections de juin, n’ont aucun intérêt à jouer le jeu des négociations avec la coalition. « La LDK a perdu beaucoup de sa légitimité lorsqu’elle a accepté la coalition avec le PDK en 2014, et le succès de Vetëvendosje est dû à son intransigeance vis-à-vis des partis au pouvoir », explique Loïc Trégourès.

Au contraire, selon le chercheur, Vetëvendosje attend l’échec des négociations avec la PAN afin de former une majorité et proposer à son tour un leader qui deviendrait président de l’Assemblée.

« La question est de savoir jusqu’où les commandants du PDK sont prêts à aller avant de lâcher le pouvoir si jamais ils ne parviennent pas à trouver une majorité », s’interroge le spécialiste des Balkans.
En parallèle, un autre calendrier progresse, celui du tribunal spécial sur les crimes de guerre. Certains hommes forts du gouvernement, appartenant au PDK, pourraient être visés par des chefs d’accusation. Les inculpations n’ont pas encore été annoncées, mais elles pourraient arriver en plein milieu de cet imbroglio politique.
Qu’est-ce que la coalition PAN ?

Surnommée « la coalition des guerriers », la PAN est une coalition qui rassemble les anciens chefs rebelles du PDK, qui ont lutté au sein de l’UCK lors de la guerre du Kosovo contre la Serbie en 1998-1999. Elle comprend le PDK (Kosovo Democratic Party, principal parti au pouvoir, le parti des « guerriers » issus de l’ancienne UÇK), l’AAK (l’alliance fort the Future of Kosovo) et NISMA (Initiative for Kosovo).

 

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