Les urnes accoucheront-elles d’un gouvernement ? La question se pose au Kosovo après l’annonce officielle des résultats des élections législatives du 11 juin dernier. Tout se jouera dans les couloirs d’une Assemblée plus divisée que jamais.

Certains spécialistes l’avaient désignée comme l’élection « la plus dure à pronostiquer dans l’histoire du Kosovo ». Les résultats officiels ont été publiés ce jeudi 29 mai. Le scrutin dessine un paysage politique façon puzzle, tiraillé par trois forces politiques, et laisse augurer de rudes tractations en coulisses. 61 sièges sont nécessaires à la formation d’un gouvernement.

La « coalition des guerriers », menée par d’anciens chefs rebelles de l’UÇK, marque un net recul. Cette alliance, forgée par le Parti démocratique du Kosovo (PDK), l’Alliance pour l’avenir du Kosovo (AAK) et l’Initiative pour le Kosovo (Nisma) remporte 33, 74% des voix (39 sièges). Lors des précédentes élections en juin 2014, les trois partis avaient réuni 45% des suffrages.

Un jeu de poker menteur

Ce recul des « guerriers » est une claque pour le candidat au poste de premier ministre Ramush Haradinaj, qui avait mené une campagne ultra-personnalisée. Torse bombé, regard au loin, il promettait aux Kosovars d’être « [leur] homme ». Sa nomination à la tête du gouvernement pourrait être empêchée par un parti en pleine dynamique, Vetëvendosje (Autodétermination), qui a obtenu 32 sièges.

Traduction du tweet : « J’ai fait une promesse au Kosovo et à nos citoyens ! Je ne reviendrai pas sur cette promesse. Nous savons qui est notre ami et nous savons qui est notre ennemi ! » 

La formation du leader nationaliste albanais, Albin Kurti, réalise effectivement un bond historique. En progression de près de quatorze points, Vetëvendosje se hisse à la deuxième place et se positionne en faiseur de roi. Dès les premiers résultats partiels, elle a invité la Ligue démocratique du Kosovo (LDK, 29 sièges) à former une coalition pour « envoyer dans l’opposition le PDK » du président Hashim Thaçi.

Le bras de fer commence entre les deux partis minoritaires, LDK et Vetëvendosje, que tout oppose. Le premier ministre en exercice Isa Mustafa (LDK) a posé un ultimatum aux autres partis : « Nous pouvons discuter de la formation d’une coalition avec tout le monde [à l’exception du PDK, ndlr], mais à la condition que le LDK conserve le poste de premier ministre », a-t-il annoncé sur le plateau de l’émission Kosovo TV.

Le Kosovo en pleine incertitude

« Inacceptable », a rétorqué Shkodran Hoti, porte-parole de Vetëvendosje, à nos confrères de Balkan Insight : « [Notre parti] ne marchande en aucun cas la volonté des citoyens. Le 11 juin, ils ont voté comme jamais auparavant pour un gouvernement dirigé par le Vetëvendosje. »

La constitution accorde au président Hashim Thaçi le droit de donner mandat à deux candidats uniquement. Si le premier échoue, c’est au tour du second de former un gouvernement. Ramush Haradinaj, à la tête du plus grand groupe parlementaire, disposera de 15 jours pour arracher une majorité.

En cas d’échec de deux candidats successifs, les Kosovars devront reprendre le chemin des urnes, dans un pays qui marche à l’aveugle depuis la motion de censure du 10 mai dernier

Hugo LEMONIER

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