Tensions avec la Serbie, corruption, chômage, dirigeants menacés de poursuites pour crimes de guerre, 1,8 million de Kosovars sont appelés à voter aux élections législatives ce dimanche dans un climat délétère.

Ce scrutin pourrait être «le plus important depuis la déclaration d’indépendance » du pays en 2008. C’est en tous cas l’idée que défend l’Ifimes, un centre de réflexion politique slovène spécialisé dans les Balkans. C’est la troisième fois depuis l’indépendance que les Kosovars sont appelés à voter, dans un climat de tensions avec la Serbie. Car entre Belgrade et son ancienne province albanaise, rien ne va plus. 18 ans après l’ultime guerre en ex-Yougoslavie, les tensions entre les communautés serbes et kosovares se sont ravivées.

Le processus de normalisation de leurs rapports, initié en 2013 est à l’arrêt. Il n’en reste pas moins un enjeu essentiel aux deux Etats pour espérer un rapprochement avec l’Union européenne. D’autres sujets grippent, eux aussi, les rapports de part et d’autre. La question de l’organisation de « l’association des municipalités serbes», des localités où vivent 100 à 150 000 Serbes au Kosovo. Implantées principalement dans le nord du pays, elles souhaitent ensemble créer une entité politique afin de peser dans le pays.

Le problème de la « coalition des guerriers »

Au sommet de l’Etat, les principaux responsables sont d’anciens chefs de guerre.

Lire aussi  L'Union européenne s'inquiète du bon déroulement des élections législatives au Kosovo

D’ici à la fin de l’année, de premières inculpations pourraient tomber. Pour Loïc Trégourès, chercheur à l’Université de Lille et spécialiste des Balkans, cela modifierait « les équilibres politiques » et pourrait faire « disparaître certains personnages » clés de l’histoire moderne du Kosovo.

  • Ancien comparse d’Hashim Thaçi au sein de l’UCK, Ramush Haradinaj pourrait prétendre à devenir le nouveau Premier ministre kosovar à l’issue des élections. Patron d’un parti minoritaire, soutenu par le PDK (parti du Président), il est vu comme un « dur». Considéré comme un criminel de guerre par Belgrade, il est toujours opposé à un dialogue avec la Serbie. Il n’hésite pas à qualifier le pays d’« ennemi ». L’élection de Ramush Haradinaj laisserait craindre une crise avec les Serbes. Mais « aucune des deux parties n’a intérêt à être désignée comme celle qui interrompt formellement le dialogue précise»» précise Loïc Trégourès.


Un dialogue essentiel aux yeux de la communauté internationale mais dont les Kosovars se détournent. La faute à des enjeux intérieurs comme la pauvreté et le chômage de masse.

L’alternative

Avdullah Hoti, leader du LDK, surnommé le "Macron kosovar" (c) Wikipedia

Avdullah Hoti, leader du LDK, surnommé le « Macron kosovar » (c) Wikipedia

Un candidat veut « continuer le dialogue avec la Serbie.» Il s’appelle Avdullah Hoti. Ce professeur d’économie pro-européen est parfois surnommé le « Macron kosovar». Issu du centre droit, ce technocrate bardé de diplômes s’inscrit à revers de « l’alliance des guerriers.» Dans un entretien à l’AFP, le responsable de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) dit être «une alternative à la poursuite de l’isolement du Kosovo.» Il n’a cependant que peu de chances d’obtenir une majorité absolue lors de ces élections. Albin Kurti, l’un des leaders de l’opposition de Vetëvendosje (« autodétermination » en Albanais) pourrait lui faciliter l’accès au pouvoir. Ce parti a fait de la lutte contre la corruption au sommet de l’Etat son cheval de bataille.

Lire aussi  Hashim Thaçi, le Président du Kosovo espère un "accord historique" avec la Serbie en 2018

Le Kosovo, pris en tenailles dans l’une des régions les plus instables en Europe, joue son avenir proche. Les électeurs inscrits, dont quelques dizaines de milliers de Serbes, sont appelés aux urnes de 7h à 17h (heure locale). Ils éliront 120 députés.

Jonathan Dupriez (avec AFP)

Comments

comments