Selon le député kosovar Mytaher Haskuka, les listes électorales kosovars contiendraient 250 000 noms de citoyens inexistants. De quoi mettre en péril le bon déroulement des élections législatives, le 11 juin prochain.

250 000 votants fantômes. C’est le résultat auquel est parvenu le député Mytaher Haskuka, élu du parti de centre gauche Autodétermination. Contacté par Kosovox, Mytaher Haskuka raconte qu’il est « parvenu à ce résultat après que la Commission électorale a fixé le nombre de votants à 1 885 147″. « Cela m’a tout de suite sauté aux yeux, étant donné que d’après l’agence kosovare de statistiques, il n’y a que 1 780 000 résidents dans le pays », raconte-t-il. « Quand on retire les mineurs, cela fait une différence totale de plus de 615 000 citoyens entre les listes électorales et le nombre réel de votants dans le pays ! »

Mytaher Haskuka temporise cependant ce premier constat, en rappelant que les citoyens kosovars vivant à l’étranger peuvent également prendre part au vote. Selon lui, « en retirant les votants de l’étranger, il y a encore à peu près 250 000 noms en trop sur les listes électorales ». Ce qui représenterait tout de même presque 14 % de l’ensemble des habitants du Kosovo, et qui serait à même de largement influencer les scrutins… « C’est un énorme problème et c’est un marqueur sous-jacent de la fraude électorale », s’indigne l’élu.

Les élections de juin menacées ?

Utilisant les chiffres mis à disposition par les deux agences gouvernementales, le député a donc mis au jour une contradiction qui mettrait en cause la tenue des élections législatives, prévues le 11 juin prochain. Des élections qui doivent notamment permettre la constitution d’un nouveau gouvernement, renversé par une motion de censure du Parlement le 10 mai dernier. « Je pense que c’est un vrai problème qui touche le Kosovo et que la commission électorale doit absolument résoudre », regrette pour sa part Cerim Bajrami, député du parti bosniaque Vakat.

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Du côté des partis majoritaires, on est moins bavard. « Je ne commente pas les dires de mes concurrents », se contente de déclarer laconiquement Shaip Muja, député du PDK, le parti démocratique du président de la République kosovare Hashim Thaçi. Reste qu’à moins d’un mois d’élections décisives pour le pays, le Kosovo se passerait bien d’une telle polémique à même de miner sa crédibilité à l’international. Les yeux se tournent désormais vers la Commission électorale kosovare, qui brille par sa discrétion : contactée à de nombreuses reprises par Kosovox, elle a refusé de répondre à nos sollicitations…

Raphaël Marchal

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