Fondé il y a seulement quatre mois, Femaktiv est le premier mouvement féministe de l’histoire de Prizren. Rencontre avec Ardita, Linda et Adelina, trois membres fondatrices du collectif.

Les trois jeunes femmes nous donnent rendez-vous dans leur QG, le bar Aça à Prizren, une ville du sud du pays, moins cosmopolite que la capitale Pristina. À quelques mètres de la mosquée Sinan Pacha, l’appel à la prière du muezzin vient parfois couvrir leurs échanges. Pendant que nous préparons l’interview, elles enchaînent les cigarettes à l’intérieur du bar. Elles sont surtout pendues à leur téléphone portable. Une de leurs compères Femaktiv est en train d’accoucher…

Première question et première réponse du tac-o-tac. « Avant vous, y avait-il quelque chose pour les femmes ici ? », demande-t-on. « Non, absolument rien », répondent-elles à l’unisson. Difficile pour nous d’imaginer ce qu’elles vivent au quotidien. Au Kosovo, et notamment dans la capitale Pristina, les jeunes femmes vivent, circulent librement et s’habillent à l’occidentale. Cependant, le poids des traditions de cette société patriarcale se fait souvent sentirCes femmes, notamment à Prizren, sont régulièrement la cible de harcèlement dans la rue, de violences conjugales ou de discrimination à l’embauche.

Réel engouement

À leur première réunion, en février dernier, 15 femmes, toutes générations confondues, s’étaient rassemblées. Quatre mois plus tard, elles recensent près d’une cinquantaine de membres et multiplient les « happenings » dans les rues de Prizren : marche pour la journée de la femme le 8 mars, distribution de faux contrats de travail aux femmes en plein cœur de la ville (au Kosovo, 56% des femmes sont au chômage, ndlr). L’engouement pour leur mouvement est réel. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la gent masculine est de plus en plus représentée dans leurs rangs, une surprise pour les Femaktiv.

Les élus aux abonnés absents

« La mairie de Prizren ne sait même pas que nous existons », se désole cependant Linda. Depuis la création de Femaktiv, les jeunes femmes n’ont aucun lien avec les autorités locales. Pourtant, pour faire bouger les lignes, ce rapprochement paraît indispensable. Ainsi, elles ont décidé de mener des actions concrètes, comme produire un rapport pour améliorer la sécurité des femmes dans les rues de la ville. Il devrait être présenté prochainement aux autorités.

À Prizren, le féminisme balbutiant s’attaque à une falaise. Deux fois par mois, les Femaktiv se retrouvent donc au bar Aça pour avancer sur leurs projets. Un combat nécessaire “qui ne coûte rien”, à part de l’investissement personnel. Mais au-delà des revendications, Femaktiv a surtout créé un lien entre des femmes autrefois silencieuses. Linda, Ardita et Adelina ne se connaissaient pas. Elles se sont ainsi rencontrées. Désormais, elles savent qu’elles ne sont plus seules dans cette longue marche vers l’égalité hommes-femmes au Kosovo.

Texte :  Jonathan Dupriez
Reportage : Lila Lefebvre et Jonathan Dupriez

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