Chimiste et membre de l’Académie des sciences de Pristina, Fetah Podvorica, a vécu la guerre du Kosovo en 1999 depuis la France. Pour la première fois et pour Kosovox, il livre son expérience du conflit.

Fetah Podvorica, président de l’Académie des Sciences du Kosovo parle un français quasiment parfait. Et pour cause, le chimiste a passé plus d’un an à Paris pendant la guerre qui a touché son pays en 1999, avant de revenir en 2000. « J’ai été choisi par la France pour poursuivre ma thèse à Paris VI (l’université Pierre-et-Marie-Curie, ndlr) », explique Fetah Podvorica.

Des cours dans des caves

Dans les années 1990, le jeune chimiste se lance dans la chimie des matériaux. Mais, dès 1991, les Albanais sont interdits d’étudier à l’université. « Nous sommes alors obligés de suivre des cours en clandestinité dans des caves à Pristina »poursuit l’ancien vice-doyen de la Faculté de sciences de l’université de Pristina.

Fetah Podvorica, le président de l’académie des sciences, dans son bureau à Pristina. © Jonathan Dupriez

Finalement, Fetah Podvorica est expulsé du Kosovo et part étudier dans des laboratoires en Albanie. « Ensuite j’ai eu de la chance, la France a choisi trois étudiants albanais et j’en faisais partie. J’étais très heureux d’aller étudier dans des excellentes conditions », indiquet-il.

« Je voulais remplir mon devoir et rentrer combattre »

Pourtant, le plus dur commence. « Vivre loin de sa famille et de ses amis alors qu’ils se font bombarder, c’était très difficile. J’ai pensé revenir et rejoindre l’armée de libération du Kosovo« , raconte pour la première fois à un média Fetah Podvorica. « Je voulais remplir mon devoir et rentrer combattre. » 

Il reçoit alors le soutien de son directeur de thèse, qui le convainc de rester en France pour terminer son cursus : « Il m’a assuré qu’être docteur en science serait plus utile pour mon pays. » En 2000, Fetah Podvorica publie sa thèse sur la protection des matériaux de la corrosion, grâce à l’application à leur surface d’une couche organique. Depuis, il retourne souvent en France pour faire participer à des séminaires et des conférences. Et Podvorica de conclure : « C’est mon deuxième pays. »

Alice Lefebvre

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