Iliriana Gashi est la présidente de la branche kosovare de Women for Women International, une organisation américaine, spécialisée dans la protection des femmes. Portrait. 

Son français est impeccable, fruit de plusieurs années passées à l’ambassade française du Kosovo. Iliriana Gashi nous reçoit à son bureau, dans la banlieue de Pristina. Depuis 2011, elle est à la tête de Women for Women Kosovo. L’organisation d’origine américaine milite pour la protection des femmes les plus exclues socialement.

« Je ne suis jamais restée aussi longtemps à un poste. Il faut dire qu’améliorer la situation des femmes prend du temps », sourit la militante. Un combat qu’elle mène depuis ses plus jeunes années. Née à Pristina le 27 janvier 1966, elle s’est tournée très vite vers des études de médecine. Un choix singulier dans un pays encore marqué par un sexisme ambiant.

Iliriana Gashi a raconté son parcours à Kosovox dans les locaux de Women for Women Kosovo. © Manon Gayet

Iliriana Gashi a raconté son parcours à Kosovox dans les locaux de Women for Women Kosovo © Manon Gayet

Premier coup du destin, l’université de Pristina, dans laquelle elle était inscrite, a fermé. Iliriana Gashi a alors fait une pause et s’est mariée, sans pour autant renoncer à son diplôme, obtenu quelques années plus tard.

Sensibiliser les consciences

Ses études médicales sont restées le corollaire de son engagement. Aujourd’hui, elle milite pour que les femmes puissent disposer librement de leur corps. « Le problème est que certains groupes religieux ont utilisé la guerre pour brider le droit des femmes », constate la présidente de Women for Women Kosovo. Malgré une loi sur l’égalité des sexes votée en juin 2015, les femmes restent discriminées dans les différents champs de la société. Seuls 10% des commerces sont détenus ou dirigés par des femmes. La police compte, quant à elle, à peine 15% de personnel féminin dans ses rangs.

Certains groupes religieux ont utilisé la guerre pour brider le droit des femmes

Cette vision patriarcale se déploie jusque dans la sphère intime. Et se traduit pour les femmes par une méconnaissance des modes de contraception. « Beaucoup pensent que l’avortement est le seul moyen pour éviter les grossesses non désirées », souligne Iliriana Gashi. Changer les mentalités et informer les femmes de leurs droits et des options à leur disposition, ce sont les deux principales missions de Women for Women International.

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La contraception n’est d’ailleurs pas le seul tabou qui hante la vie des femmes kosovares. « Lorsque j’ai commencé à travailler à Women for Women Kosovo, nous avons recueilli le témoignage de cinq femmes qui avaient été violées pendant la guerre. Pendant longtemps, elles ont gardé le silence. Aujourd’hui encore, il leur est difficile de parler de leurs traumatismes », se désole Iliriana Gashi.

Un parcours de succès

Au-delà de la perspective féminine, ces traumatismes traversent toute la société kosovare depuis la guerre (1998-1999). Les blessures peinent à cicatriser, y compris pour Iliriana Gashi. Comme 981 000 Kosovars, la présidente de Women for Women Kosovo a été obligée de fuir son pays. Réfugiée en Macédoine, avant de rejoindre la Turquie puis la Suisse, un pays où depuis quelques décennies, la diaspora kosovare est importante. L’exil a été sa porte d’entrée vers ses succès d’aujourd’hui. A l’université de Lausanne, elle a obtenu un master en gestion de l’administration des soins de santé. On connaît la suite.

Pour Iliriana Gashi, les missions se multiplient. Dans des institutions toutes plus prestigieuses les unes que les autres, comme la Banque mondiale et l’Agence canadienne de développement international.

Iliriana Gashi discute avec notre journaliste Sophie Vincelot dans les locaux de Women for Women Kosovo © Manon Gayet

Iliriana Gashi discute avec notre journaliste Sophie Vincelot dans les locaux de Women for Women Kosovo © Manon Gayet

Sur son bureau, trône une photo d’elle et de sa famille, le jour de la remise du diplôme de son deuxième fils. C’est un avenir similaire qu’elle souhaite à toutes les femmes du Kosovo :« Le challenge est encore loin d’être réussi, mais j’en suis sûre, nous sommes sur la bonne voie. » 

Sophie Vincelot et Manon Gayet

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