L’équipe de Kosovox a rencontré M. Didier Chabert, l’ambassadeur de France au Kosovo. L’occasion d’évoquer le rôle de la France dans le pays et la question de son intégration dans l’Union européenne.

Kosovox : Dans quelle mesure les entreprises françaises sont-elles implantées au Kosovo ?

Didier Chabert : Je dirais que les entreprises françaises font preuve d’une certaine frilosité. Le Kosovo est une société de consommation qui importe énormément de produits mais, hormis les constructeurs comme Peugeot, Renault et Citroën, les entreprises françaises sont peu présentes.

Le Kosovo souffre d’une image ternie par la corruption. Son potentiel est sous-estimé. Il a pourtant beaucoup d’atouts pour lui : 3,6% de croissance par an, un salaire minimal très faible et un salaire moyen parmi les plus bas d’Europe. Pour les entreprises étrangères, ce sont des indicateurs économiques attirants… Il y a beaucoup de choses à faire ici.

C’est dans cette optique que nous avons lancé le Club d’affaires francophone au Kosovo (KOCAF), en mars dernier. Nous voulons dynamiser l’image du pays en France et montrer ses atouts. Des entreprises françaises et locales sont représentées dans cette structure. Le but est de créer une synergie.

Kosovox : La France joue-t-elle un rôle dans la stabilité du pays ?

Didier Chabert : Il faut relativiser la question de la stabilité politique au Kosovo. Nous ne sommes pas à l’aube d’un problème sécuritaire. D’ailleurs, qui attaquerait un pays où les forces de l’OTAN sont si présentes ?

Ici, les gens jouissent d’une extrême liberté

La réalité kosovare est différente de l’image véhiculée par certains médias français. Les dernières élections se sont très bien passées et reflètent bien les équilibres politiques du pays. Si vous vous promenez dans les rues, vous constaterez que les gens jouissent d’une extrême liberté. Aujourd’hui, le problème principal des Kosovars est de trouver du travail.

Huit ans, c’est très bon pour un Bordeaux mais très jeune pour un pays.

Malgré tout, il existe encore des problèmes intercommunautaires dans le nord du pays entre Albanais et Serbes. Ces tensions restent épisodiques. Huit ans, c’est très bon pour un Bordeaux mais très jeune pour un pays.

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Kosovox : Selon vous, le Kosovo peut-il rentrer rapidement dans l’Union européenne (UE) ?

Didier Chabert : Tous les pays des Balkans de l’Ouest ont vocation à rentrer dans l’UE. Pour atteindre cet objectif, les autorités kosovares doivent encore réaliser beaucoup d’efforts : bloquer le crime organisé et le despotisme, s’occuper des problèmes de radicalisation, renforcer les contrôles aux frontières, s’assurer que l’argent envoyé par la communauté internationale arrive dans les projets choisis… Le Kosovo doit faire sa part du travail. Les institutions doivent faire preuve d’une plus grande rigueur.

Ces aspirations, ce sont d’ailleurs celles des jeunes Kosovars, peut-être plus que celles de l’UE. La société civile exprime une réelle lassitude vis-à-vis de la corruption. Nous, la communauté internationale, sommes là pour rappeler ces attentes aux autorités. Nous devons exercer une pression pour que les réformes attendues aient lieu.

Propos recueillis par Alice Lefebvre & Basile Dekonink 

 

 « Redynamiser la place des Français au Kosovo« 

La France souhaite développer sa présence au Kosovo à travers la culture et l’éducation. Actuellement, 2 000 Kosovars prennent des cours de français à l’université de Pristina, qui compte un département de littérature française. Par ailleurs, l’Alliance française propose des cours de français et d’albanais, en lien avec le ministère de l’Éducation du Kosovo.

Un premier partenariat a été signé entre l’université de Bretagne-Sud et celles de Mitrovica et Prizren. « Le problème est de trouver des étudiants kosovars capables de suivre les cours en français », précise Agathe Bouchet, chargée de mission pour le français et la coopération universitaire. « Nous développons actuellement un partenariat entre le département d’archéologie de Lyon et celui de Pristina », poursuit-elle. Le Kosovo fait également partie du dispositif Erasmus.

En septembre prochain, la première école française ouvrira à Pristina avec deux classes. Elles seront encadrées par deux enseignants titulaires français. « À terme, nous voulons que l’école soit homologuée École française », explique Cécile Fisteberg, conseillère de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France.

Depuis 2008, la France met aussi en place des événements culturels dans le pays. « Nous ne sommes peut-être pas aussi visibles sur le terrain que l’ambassade des États-Unis, qui compte 300 salariés contre seulement 20 pour nous, mais nous travaillons d’arrache-pied pour être au plus près de la population », concède Fanny Serée, chargée de mission culturelle. Pour cela, l’ambassade de France organise tous les ans la journée internationale de la Francophonie au Kosovo et la Fête de la musique. Elle participe également au financement de festivals ou séminaires auxquels des Français sont conviés. Pour Mme Fisteberg, c’est bien la preuve d’une volonté farouche de « redynamiser la place des Français au Kosovo ».

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