Les journalistes de Kosovox ont eu la chance de rencontrer le ministre des Affaires étrangères kosovar, Enver Hoxhaj, pour une interview exclusive. La préoccupation actuelle du ministère est simple, répondre aux attentes de l’Union européenne.

Le bâtiment est installé en retrait d’une des artères principales de Pristina. Sur un panneau flambant neuf, mais à la typographie discrète, on peut lire : « République du Kosovo – Ministère des Affaires étrangères ». Une fois passé le portique de sécurité, direction le quatrième étage. Drapeau géant du Kosovo, fauteuils en cuir, tables basses… La salle officielle est prête. Mardi matin, Enver Hoxhaj, ministre kosovar des Affaires étrangères, a reçu Kosovox là où sont généralement accueillies les délégations étrangères.

Confortablement installé dans un siège rembourré, le ministre détaille volontiers la coopération entre son pays et l’Union européenne (UE). Le Kosovo souhaite l’intégrer. « Nous nous considérons comme Européens, en termes d’histoire, de géographie et de culture. Nous voyons l’intégration à l’Europe comme un juste retour car nous sommes Européens. »

Enver Hoxhaj, ministre et vice-président du PDK, a été réélu député lors des dernières élections législatives. ©Jonathan Dupriez

Enver Hoxhaj, ministre et vice-président du parti démocratique du Kosovo (PDK), a été réélu député lors des dernières élections législatives. © Jonathan Dupriez

« S’il existe un exemple du soft power européen, c’est bien notre pays »

Une vision partagée par Bruxelles. Depuis 2008 et l’auto-proclamation de l’indépendance du Kosovo, la Commission européenne a ajouté le pays à sa liste de candidats potentiels. Autrement dit, le Kosovo n’a pas pu officiellement déposer de dossier pour rejoindre l’UE. Cependant, il bénéficie d’ores et déjà de partenariats économiques et culturels avec Bruxelles. Le ministre se plait à rappeler que « l’Europe a construit le Kosovo à partir de rien. S’il existe un exemple du soft power européen, c’est bien notre pays. »

Le ministre l’assure : « Je pense que la région [des Balkans] doit maintenant franchir un cap. C’est-à-dire, préparer chaque pays à obtenir son adhésion à l’UE.  A ce jour, je ne crois pas qu’un pays de la région soit prêt à rejoindre l’UE.«  En cause ? Les « problèmes » que les pays de l’ex-Yougoslavie doivent résoudre entre eux. Pour le Kosovo, cela commence par le règlement de la démarcation avec le Monténégro et le respect des droits des minorités.

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Les questions serbe et monténégrine en suspens

Depuis avril 2013, le gouvernement kosovar travaille surtout à la normalisation des relations avec le voisin du nord, la Serbie. Les Serbes ne reconnaissent toujours pas l’indépendance du Kosovo. A l’ouest, les relations ne sont toujours pas complètement pacifiées. Le Kosovo et le Monténégro se disputent plusieurs milliers d’hectares de pâturages et de forêts. Or, l’accord trouvé entre les deux pays privent le Kosovo de 8 000 hectares. Si le ministre affirme avec certitude que « la ratification aura lieu », elle a pourtant été plusieurs fois repoussée, du fait de manifestations et de l’absence d’une majorité claire au Parlement kosovar.

Cependant, l’intégration à l’UE supposera de résoudre cette crise. La signature d’un accord avec le Monténégro est l’une des conditions posées par Bruxelles pour libéraliser l’obtention des visas. En jeu ? La libre circulation des Kosovars dans l’espace Schengen. Il s’agirait en effet d’un bon point dans le dossier kosovar pour une future intégration à l’UE.

Jonathan Dupriez, Manon Gayet et Florent Vairet

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