Tensions avec les Serbes, intégration européenne, enjeux des élections législatives pour le Kosovo… Naim Rashiti, président du think tank Balkans Policy research Group, revient sur les élections législatives dans une interview exclusive accordée à Kosovox.

Kosovox : Le Kosovo souffre d’une inertie politique depuis des mois. Quel peut être l’impact des élections législatives anticipées sur la situation ?

Naim Rashiti : Ces élections vont mettre fin à un système d’alliance défaillant au sein de l’Assemblée, et apporter des changements inédits au système politique kosovar. Des rapprochements inattendus ont eu lieu entre les forces en présence. Ainsi, le Parti démocratique du Kosovo (PDK) du président sortant de l’Assemblée, Kadri Veseli, s’est allié avec l’Alliance pour l’avenir du Kosovo de Ramush Haradinaj (AAK), situé plus à droite. L’Initiative pour le Kosovo (Nisma) s’est elle réunie avec la Nouvelle alliance du Kosovo. Seul Vetëvendosje (Autodétermination) est resté isolé.

Ces trois groupes politiques vont probablement s’assurer entre 25 et 45 % des voix chacun. Dans un premier temps, les différents regroupements ont en tout cas eu l’effet d’apaiser les relations entre les partis. Mais d’autres tensions ont émergé durant la campagne, et survivront probablement au scrutin. Une difficulté de plus, la majorité étant obligée de négocier avec l’opposition.

Kosovox : Dans quel état d’esprit s’est déroulée cette campagne ? L’Union européenne s’est inquiétée de pressions subies par certains candidats…

Naim RashitiLa campagne électorale a probablement été la meilleure que le pays ait jamais connu. Il n’y a eu finalement que peu de tensions. En revanche, la situation des Serbes du Kosovo est plus problématique. Depuis Belgrade, le gouvernement serbe menace quiconque se présente face au groupe politique qu’ils ont créé, connu sous le nom de « liste Srpsak ».

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De nombreux citoyens serbes sont menacés et la journée électorale devrait être synonyme de tensions au sein de la communauté, tout particulièrement dans le nord du pays. Les Serbes veulent qu’on les laisse tranquille, ils veulent voter librement.

« Belgrade mène clairement campagne contre Ramush Haradinaj »

 

Kosovox : Quel peut-être l’impact des élections sur l’intégration européenne du Kosovo ? L’Union européenne a notamment demandé que la question de la délimitation des frontières avec le Monténégro soit réglée…

Naim Rashiti : La délimitation des frontières est un enjeu majeur. La position de Ramush Haradinaj, qui pourrait être élu Premier ministre, reste inconnue à ce jour. Sur les autres réformes demandées par l’Union européenne, le gouvernement saura avancer, mais cette question reste difficile à aborder. La majorité aura nécessairement besoin de l’opposition pour avancer sur un tel sujet. Ce qui est problématique, étant donné que Vetëvendosje comme le LDK seront farouchement opposés à un accord en cas de victoire d’Haradinaj.

Kosovox : Le retour de Ramush Haradinaj au sein du gouvernement pourrait-il avoir un impact sur les relations avec la Serbie ? L’ancien leader de l’armée de libération est toujours sous la menace d’un mandat d’arrêt international émis par Belgrade…

Naim Rashiti : Belgrade mène clairement campagne contre Ramush Haradinaj, mais le gouvernement serbe ne sera pas en mesure de choisir qui sera élu au Kosovo. Les leaders kosovars ont dû négocier avec le président de la Serbie, Aleksandar Vucic, et le vice-président, Ivica Dacic. Ils les voient pourtant comme des reliquats de la période Milosevic. En échange, Belgrade acceptera de négocier avec Ramush Haradinaj s’il est élu.

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De son côte, Ramush Haradinaj doit montrer un meilleur profil et afficher des garanties de dialogue avec Belgrade. Il doit également envoyer de meilleurs signaux aux Serbes présents sur le territoire kosovar et à l’Union européenne. Je pense que le président serbe, Aleksandar Vucic, s’attend à ce que les négociations se poursuivent uniquement avec Hashim Taçi et les représentants européens. Mais dans la pratique, les premiers ministres serbe et kosovar vont devoir eux aussi s’investir, et si tel est le cas, la présence de Ramush Haradinaj sera essentielle…

Propos recueillis par Raphaël Marchal

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