Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker démarre sa tournée dans les Balkans. Macédoine, Albanie, Serbie, Monténégro, Kosovo et Bosnie-Herzégovine. Il rend visite à tous ces pays après avoir donné il y a plusieurs semaines une date éventuelle d’entrée dans l’Union européenne au Monténégro et à la Serbie.

« La porte de l’UE est ouverte à de nouvelles accessions quand –et seulement quand- chaque pays aura rempli les critères », a affirmé Jean-Claude Juncker fin février. Le président de la Commission européenne s’apprête à rendre visite aux chefs d’Etats des Balkans, Monténégro, Serbie et Kosovo compris.

Selon Bruxelles, seuls le Monténégro et la Serbie disposent d’une candidature sérieuse pour une possible entrée dans l’espace européen prévue pour 2025.

Le président serbe, Aleksandar Vučić a averti ses citoyens qu’il leur faudrait « prendre des décisions difficiles » sur le Kosovo que le pays ne reconnaît toujours pas. La Serbie, encore très attachée à la Russie, pourrait se détourner de son voisin de l’est, pour se rapprocher de l’Europe.

Mais le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker se veut prudent sur les promesses, il a insisté sur le fait que l’année 2025 n’était « qu’une date indicative, une date d’encouragement ».

« Il rectifie le tir », explique Sébastien Gricourt, ancien conseiller politique dans les Balkans pour l’ONU, l’OSCE et l’OTAN. La feuille de route pour l’intégration au sein de l’UE publiée dernièrement a été mal interprétée selon le spécialiste. « Jean-Claude Juncker a senti que dans l’annonce de l’élargissement, les choses n’étaient pas tout à fait claires. Ce qu’il veut dire désormais c’est que pour 2025 il n’y a aucune garantie, et pour les autres pays, ce n’est pas exclu, en gros :  ‘Vous attendez mais la porte de l’UE ne vous est pas complètement fermée’. »

Le cas complexe du Kosovo

Dans la course à l’intégration, le Kosovo est bon dernier.  De tous les Balkans, il est le seul pays dans la région à subir un régime de visas pour pénétrer dans l’espace Schengen.

Aujourd’hui, il faut plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous à l’ambassade et dépenser au minimum un millier d’euros (lorsque le salaire moyen mensuel est de 250 euros), afin de fournir le billet d’avion aller-retour, la réservation de l’hôtel…

Le Kosovo avait initialement 95 critères à remplir pour obtenir le sésame de la libre circulation en Europe. Aujourd’hui, il ne lui en manque plus que deux, mais non des moindres : la lutte contre la corruption de manière efficace et concrète et la ratification de la frontière avec son voisin le Monténégro.

« Pourquoi l’Europe a exigé ces deux critères en plus ? C’est un vrai mystère », s’interroge Sébastien Gricourt. « La Macédoine, la Géorgie… il y a énormément de pays qui ont des problèmes avec leurs frontières mais on ne leur impose pourtant pas de ratifier un loi pour une démarcation officielle. »

Lire aussi  Frontière avec le Monténégro : « Nous nous battons pour nos terres depuis 600 ans ! »

Sur ce dernier point, le plus petit pays des Balkans a, semble-t-il, fait de grandes avancées ces derniers jours. Samedi 24 février, le président du Parlement, Kadri Veseli, a a annoncé avoir enfin trouvé un consensus au sein de toutes les lignes politiques. Le texte de loi concernant la frontière pourrait donc être ratifié ce mercredi 28 février 2018. La visite de Jean-Claude Juncker arriverait alors à point nommé.

Tweet de Kadri Veseli, président du Parlement kosovar :

« Aujourd’hui, nous sommes parvenus au consensus que nous recherchions à propos de l’accord frontalier avec le Monténégro. Je suis reconnaissant envers tous les partis qui ont permis d’obtenir cette solution importante. Ratifier ce dernier accord donnerait l’occasion à nos citoyens de se déplacer librement au sein de l’Union européenne. »

« Oui enfin, c’est pas encore fait, tempère le spécialiste des Balkans, des annonces comme ça, j’en ai vu passer. Ce n’est pas la première fois que Kadri Veseli ou le Président du Kosovo Hashim Thaçi s’autocongratulent en affirmant être parvenu à un consensus. » La ratification, Sébastien Gricourt n’y croit pas. D’autant qu’il faudrait encore prouver le Kosovo qu’il mène une lutte engagée contre la corruption afin de supprimer le régime des visas.

« Cela leur permet surtout de se montrer aux yeux de l’UE comme de véritables partisans de l’intégration. Ils jouent la carte de leaders politiques sérieux et responsables. Tellement responsables et utiles qu’il serait dommage qu’ils soient visés par les prochaines accusations du tribunal spécial. »

Lire aussi  Le président du Kosovo Hashim Thaçi « n’a rien à cacher »

Et pour le conseiller des Balkans de conclure : « C’est aussi un moyen de faire comprendre à la société civile que si jamais la ratification échoue mercredi, ce ne serait pas de leur faute, et qu’il faudrait plutôt regarder du côté de ce qui n’ont pas voulu signer le consensus. »

Directement concernés, Ramush Haradinaj de l’AAK, le Premier ministre originaire de la région montagneuse limitrophe avec le Monténégro, ou encore les têtes de file du mouvement Vetëvendosje.

En août 2016, une réunion de la commission des affaires étrangères qui devait permettre le vote sur la ratification de la frontière s’était conclue par des lancers de bombes lacrymogènes. Une manière pour les députés de clore le débat pour quelques temps.

Un événement qui ferait tâche à quelques jours de la venue de Jean-Claude Juncker dans le pays.

Florie Castaingts

 

Comments

comments