Kosovo 2.0 est un jeune média kosovar indépendant publié en ligne. Le soutien affiché de la rédaction à la communauté LGBT lui vaut une réputation d’audace dans un pays encore très marqué par les tabous. Kosovox a rencontré ses jeunes journalistes.

Pour rencontrer l’équipe de Kosovo 2.0, il faut remonter la rue Rurstem Statovci, à Pristina. Au bas d’un immeuble modeste, Jack Butcher nous accueille. Ce Britannique d’une trentaine d’années travaille à adapter la rédaction au succès croissant qu’elle rencontre. Il nous guide vers la cour intérieure du bâtiment avec son large sourire et ses yeux bleus.

Jack Butcher travaille pour Kosovo 2.0 depuis son arrivée dans le pays, il y a deux ans. © Anaïs Recouly

Des verres d’eau nous attendent à l’ombre des arbres d’un petit jardin. Quelques magazines sont disposés sur une table. Le temps pour nous de découvrir ce jeune média kosovar né en 2010.

À l’époque, « il s’agissait plus d’un blog que d’un véritable média », nous raconte Jack. Mais peu à peu, la plateforme créée par Besa Luci s’est muée en site d’information. En parallèle, Kosovo 2.0 se lançait sur papier avec d’épais hors-séries. Chacun d’entre eux contient de longs articles, de nombreuses photographies et une mise en page épurée.

C’est précisément grâce à l’un de ces hors-séries que Kosovo 2.0 s’est forgé une notoriété. En décembre 2012, la rédaction consacrait tout un numéro au sexe. Un sujet provoc’ dans un pays où persistent les tabous et, surtout, où l’homosexualité n’est toujours pas acceptée. « Nous sommes fiers de soutenir la communauté LGBT », précise Jack, comme pour tenir tête aux menaces qu’a reçues le magazine.

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Un lectorat de jeunes urbains

Cette version papier du pure-player charme un public aussi jeune que les journalistes qui composent la rédaction. « Au départ, Kosovo 2.0 attirait surtout la sphère artistique, la diaspora et les habitants de la capitale Pristina. L’audience s’est accrue, surtout chez les jeunes de 20 à 25 ans« , précise Jack.

Sophie Vincelot, de la team Kosovox, reçue à la rédaction de Kosovo 2.0. © Anaïs Recouly

La rédaction s’est donc agrandie. Elle compte une douzaine d’auteurs, photographes et vidéastes. La plupart des journalistes sont désormais payés. Même Jack, arrivé en stage, a été embauché.

Le site d’information parvient à générer des revenus de ses ventes papier, qui s’ajoutent aux fonds reçus d’organisations internationales dont le European Cultural Foundation (européen), le Civil rights defenders (suédois) et le National endowment for democracy (américain). Un soutien unanime à sa ligne éditoriale militante de l’égalité de droits. L’ensemble des contenus est d’ailleurs publié dans les trois langues les plus parlées dans le pays : albanais, serbe et anglais.

En cette chaude journée de juin (plus de 30°C au thermomètre), entre deux papiers engagés, l’équipe de Kosovo 2.0 installe des ventilateurs dans ses bureaux. Histoire de ne plus travailler la goutte au front… À moins qu’une nouvelle publication sur le sexe ne leur provoque des sueurs froides.

Anaïs Recouly

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