Oliver Ivanovic, un homme politique serbe du Kosovo, a été assassiné de cinq balles à Mitrovica Nord, ce mardi. Ce crime risque de mettre à mal les efforts de paix entre Pristina et Belgrade.

Un important homme politique serbe du Kosovo, Oliver Ivanovic, a été tué par balle dans la partie nord de Mitrovica, ce mardi, jour où le dialogue entre Pristina et Belgrade devait reprendre à Bruxelles.

Il était présenté comme un personnage clé dans le dialogue entre le Kosovo et la Serbie. Le patron du parti social-démocrate, Initiative civique, Oliver Ivanovic a été abattu de cinq balles en pleine rue, ce mardi matin.

« La police kosovare a été informée à 8H15 de l’attaque contre M. Oliver Ivanovic, qui a été immédiatement après transporté vers l’hôpital de Mitrovica », détaille le porte-parole de la police kosovare locale, Besim Hoti.

Deux enquêtes parallèles

« Toutes les mesures de réanimation cardio-pulmonaire ont été effectuées entre 8h30 et 9h15 ce matin. Le cœur n’est pas reparti. Le décès a été constaté à 9h15 », indique le médecin, Milan Ivanovic.

Deux procureurs ont été nommés par les autorités kosovares pour enquêter sur ce meurtre. D’après les premiers éléments de l’enquête, la victime a été la cible de tireurs se trouvant dans une voiture, alors qu’il arrivait aux locaux de son parti situés dans la zone serbe de Mitrovica.

Dans un communiqué, la mission européenne Etat de droit au Kosovo, EULEX, dit « se tenir prête à offrir son assistance [à la justice kosovare] en accord avec son mandat ».

 

Les responsables, qu’ils soient serbes ou kosovars albanais, se sont gardés de toute accusation explicite contre le camp d’en face. Mais, le président de la république de Serbie, Aleksandar Vucic, a d’ores-et-déjà annoncé que le pays conduira une enquête parallèle sur la mort d’Oliver Ivanovic.

Lire aussi  Elections législatives : un député kosovar dénonce un risque de fraude aux listes électorales

« Nous souhaitons que les institutions de la République de Serbie soient associées aux investigations sur le territoire du Kosovo et en Métochie (le nom serbe du Kosovo, ndlr) », a insisté le chef d’Etat, manifestement méfiant. « L’appareil d’Etat serbe regardera de près ce que fait la police kosovare, et ce qu’Eulex fera. S’ils se montrent incapables de faire leur travail, nous saurons comment il doit être fait. »

Pristina a de toute façon beaucoup de mal à exercer son autorité dans cette partie serbe de la ville. Or, selon BIRN, le véhicule des assassins aurait été retrouvés à Zvecan, à quelques kilomètres au Nord du lieu du crime.

Une région instable

Cet assassinat risque de fragiliser les efforts de paix dans ce point chaud des Balkans. Jugé comme un « acte terroriste » par l’Etat serbe, cet acte porte « un grave coup à la stabilité de la région », a estimé le ministre des Affaires étrangères, Ivica Dacic.

Le Premier ministre kosovar Ramush Haradinaj a lui convoqué « un conseil de sécurité national pour examiner la situation sécuritaire du pays », à un mois du dixième anniversaire de la proclamation d’indépendance du Kosovo.

La ville de Mitrovica incarne les divisions d’un pays morcelé, toujours pas reconnu par la Serbie, dont faisait partie le Kosovo avant la guerre de 1998-2000. Coupée entre quartiers serbes au nord (13.000 habitants) et albanais au sud (72.000), la cité minière reste en outre en proie à une importante criminalité : un point de passage pour la contrebande et le trafic d’êtres humains.

Lire aussi  INTERVIEW : "Les élections législatives vont mettre fin à un système politique défaillant"

Déserté, le nord de la ville a présenté un visage inhabituellement calme avant que des dizaines d’habitants ne viennent déposer des fleurs et se recueillir sur les lieux du crime.

Une image de modéré

A 64 ans, Oliver Ivanovic était considéré comme un modéré dans un univers politique resté radical, près de deux décennies après la guerre entre les forces de Belgrade et la rébellion indépendantiste kosovare.

Au Nord du Kosovo, la vie politique est empreinte d’une violence endémique. En mai, ce père de quatre enfants avait raconté à l’AFP que son véhicule personnel avait été incendié. Il y voyait une « tentative de le faire taire, vouée à l’échec », disait-il.

En octobre, il s’était présenté aux municipales face à la puissante Srpska Lista, soutenue par Belgrade. « Nous sommes dans une situation où les Serbes ont peur de parler », avait-il dit aux médias.

L’agence de presse serbe SRNA affirme même qu’Olivier Ivanovic se savait menacé : « J’ai bien peur que, dans cette situation instable, un innocent puisse être blessé. Et je dois dire que je crains pour ma propre sécurité », aurait-il confié au reporter.

« Nous ne savons toujours pas qui pourrait être derrière cette attaque », a déclaré à l’AFP le procureur public Shyqri Syla. La police kosovare annonce qu’elle offre « 10 000 euros à quiconque possédant des informations » utiles à l’enquête.

 

Un rare albanophone

Oliver Ivanovic était une figure politique locale singulière. D’abord condamné à neuf ans de prison pour crimes de guerre, il avait vu sa peine annulée par une cour d’appel en février. Libéré, il devait être rejugé.

Lire aussi  Hashim Thaçi, le Président du Kosovo espère un "accord historique" avec la Serbie en 2018

L’homme était un des rares membres de la scène politique serbe kosovare à parler l’albanais, et à critiquer publiquement la politique menée par Belgrade au Kosovo.

S’il ne reconnaissait pas l’indépendance du Kosovo, Oliver Ivanovic était réputé plus enclin au dialogue avec Pristina. Il était originaire de Decani, dans l’ouest du Kosovo, comme Ramush Haradinaj, ancien chef guérillero.

« Je suis profondément choqué par cet assassinat lâche », a réagi le moine Sava Janjic, qui œuvre pour la réconciliation des communautés. Ce religieux, lui aussi originaire de Decani, dépeint Olivier Ivanovic comme « une personne d’un incroyable courage et doté d’un charisme politique ».

 

« La mort d’Oliver Ivanovic est un événement d’une grande tristesse. Je crois que son décès a traumatisé la Serbie et les Serbes du Kosovo », estime quant à lui l’avocat de la famille, Nebojsa Ivanovic. « C’est un moment très dur, j’espère que ces violences cesseront définitivement. »

Moscou a mis en garde mardi contre tout « risque de contagion d’une atmosphère de terreur et de résurgences d’un conflit interethnique dans la région ».

L’Union européenne, qui a appelé « au calme et à la retenue », tente actuellement de relancer le dialogue de normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie, au point mort depuis des mois. Première conséquence de l’assassinat, les représentants serbes ont annulé mardi une réunion à Bruxelles avec leurs homologues kosovars albanais.

Hugo Lemonier avec AFP

Comments

comments