Les 9 et 10 juillet prochains, une réunion des Académies des sciences française et allemande tentera de convaincre le gouvernement kosovar de revoir à la hausse son budget alloué aux sciences. Une nécessité dans un pays où la recherche souffre d’un cruel manque de moyens.

« Nous n’avons même pas de voitures pour partir travailler sur le terrain. Nous sommes obligés d’utiliser nos propres véhicules. » Voici comment Agir Gashi, biologiste et vice-doyen de la Faculté de sciences de l’université de Pristina, décrit la situation des chercheurs dans son pays.

« Ici, il est presque impossible pour un chercheur de recevoir un financement de plus de 10 000 euros de la part du ministère de l’Éducation et des Sciences », abonde le président de l’Académie des arts et des sciences du Kosovo, le chimiste Fetah Podvorica. « Ces sommes sont suffisantes pour faire la promotion d’une découverte, pas pour acheter du matériel dont le prix peut atteindre 500 000 euros ! »

L’université n’a même pas de quoi acheter des véhicules pour aller sur le terrain.

L’Académie des Sciences du Kosovo siège dans le coeur de Pristina © Marc van Torhoudt

Les moyens publics alloués à la recherche scientifique ne représentent qu’environ 12 millions d’euros. Le secteur privé n’est, lui non plus, pas très enclin à soutenir les scientifiques locaux. Au Kosovo, leur activité se limite donc souvent à de la recherche théorique, sans jamais avoir une chance d’explorer des applications possibles.

Un déficit de visibilité

L’autre problème, c’est le manque de visibilité dont souffrent les chercheurs du pays. À la fois pour se faire connaître, mais aussi pour s’informer des publications d’autres spécialistes. « Pour s’abonner à des revues scientifiques de bonne qualité, cela coûte cher. Par exemple, un abonnement aux revues de l’American Chemistry Society, c’est 30 000 euros par an », explique Fetah Podvorica. Soit au moins trois crédits recherche. Impossible à envisager pour un chercheur !

Lire aussi  [Long Format] Mitrovica, la ville coupée en deux racontée par ses habitants

Puisqu’ils ne peuvent pas non plus prétendre publier des articles dans ce genre de revues, difficile d’acquérir une crédibilité…

La seule solution, travailler avec l’étranger

C’est pour cela que le principal effort des organisations scientifiques kosovares, comme l’Académie des sciences et l’université, porte sur les collaborations avec l’étranger. « Nous créons de plus en plus de ponts entre les universités. Par exemple, l’année prochaine, un étudiant pourra aller faire sa thèse à la faculté d’Orléans », se félicite Fetah Podvorica.

IMG_3750

Les étudiants de l’université cherchent à rejoindre l’étranger. © Marc van Torhoudt

Cette année, quatre pensionnaires de l’université de Pristina se sont rendus en France, deux en Allemagne. Mais cela reste peu sur les 5 000 inscrits au département de sciences de l’université.

Une politique à double tranchant : « Soit on parvient à mettre en place des programmes en collaboration avec des universités étrangères, soit ce sont les étudiants les plus brillants qui partent, et ne reviennent pas toujours », s’inquiète Nexhat Daci, membre de l’académie.

Une vraie lueur d’espoir

L’accord espéré lors de la réunion des 9 et 10 juillet pourrait donner un très gros coup d’accélérateur à la recherche kosovare. L’objectif est en effet de faire passer la part allouée à la recherche scientifique de 0,2 à 3 % du budget national, ce qui porterait ce portefeuille à 180 millions d’euros.

« Nous tentons de convaincre le gouvernement que l’innovation est le meilleur moyen que nous ayons pour encourager l’économie du pays durablement », indique Fetah Podvorica. Un moyen également de trouver des solutions contre la pollution : les biologistes kosovars sont souvent spécialisés en sciences environnementales.

L’innovation est le meilleur moyen d’encourager l’économie du pays.

C’est également le meilleur moyen de donner un espoir à la jeunesse du pays : «Comment convaincre des jeunes de faire des études, quand c’est le chômage qui les attend à la sortie, ou quand ils ne pourront pas mener les projets à bien ?», déplore Nexhat Daci, membre de l’Académie. Au Kosovo, le principal danger est toujours la fuite des cerveaux vers l’étranger.

Lire aussi  Le monastère de Pejë/Peć : un joyau sous haute-sécurité

Marc van Torhoudt

Comments

comments