Ce mardi, le FK Trepça’89 recevait le Vikingur Gøta à l’occasion du premier tour préliminaire de la Ligue des Champions. Premier match de Coupe d’Europe de l’histoire sur le sol kosovar, l’événement a suscité énormément de ferveur. Si les prétentions du club de Mitrovica ont rapidement été douchées, rendez-vous est donné pour l’année prochaine.

L’espoir aura duré 33 minutes. Le temps pour Blerand Kurtishaj, l’attaquant du KF Trepça’89, de récolter un second carton jaune, deux minutes après avoir écopé du premier. Dans la foulée, le milieu de terrain du Vikingur Vasile Anghel ouvre le score. Et comme si cela ne suffisait pas, à la 40ème minute, le défenseur kosovar Perparem Islami dévie le ballon dans ses propres buts.

2-0 à la mi-temps, la messe semble dite. Il faudrait maintenant quatre buts au KF Trepça’89 pour se qualifier pour le prochain tour préliminaire de la Ligue des Champions, à 10 contre 11. « C’est quasiment impossible maintenant », déplore Dennis, qui tente de se frayer un chemin pour accéder à la buvette. Dans la tribune de presse, les journalistes sportifs semblent aussi dépités que le public du Stadiumi Olimpik Adem Jashari de Mitrovica.

La fierté de vivre un moment historique

Pourtant, quelques heures avant le match, l’effervescence avait envahi les rues de la ville. Deux heures avant le coup d’envoi, beaucoup de supporters garnissaient déjà les travées du stade. Pour le club, le timing est parfait : en mai 2016, le Kosovo a officiellement été reconnu comme le 55ème membre de l’UEFA. Ce qui donne droit au champion national – le KF Trepça 89 cette saison – de participer à la plus prestigieuse des compétitions de club, la Ligue des Champions. « Cela fait 46 ans que je supporte ce club, raconte Myhedim Shalla, un Kosovar de 51 ans. C’est le match le plus important de notre histoire. » 

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Deux heures avant le match, les supporters se pressent déjà aux entrées du Stadiumi Olimpik. © Jonathan Dupriez

Historique, le mot est lâché. Plus que le résultat, c’est la fierté de voir flotter les drapeaux de la FIFA et de l’UEFA au-dessus du Stadiumi Olimpik et d’entendre l’hymne officiel de la compétition résonner dans le stade qui alimente les discours. Neuf ans après la proclamation de son indépendance, le Kosovo franchit une nouvelle étape vers la reconnaissance internationale.

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Que cet événement se déroule à Mitrovica, ville martyre du conflit de 1999 et toujours divisée entre communautés albanaise et serbe – jusque dans le foot -,  représente tout un symbole. Pour s’aligner sur les standards de la compétition, le club a d’ailleurs déployé un dispositif exceptionnel. « Un jour, je pourrai raconter à mon fils que j’y étais », confie, ému, un membre du service de sécurité.

Le dépit mais la promesse du lendemain

Dès le début de la seconde période, la déception va pourtant définitivement prendre le dessus. Les joueurs du Vikingur Gøta enfoncent un peu plus l’équipe kosovare. Par deux fois, le milieu Sølvi Vatnhamar aggrave le score. Le quatrième but entraîne une vague de supporters vers la sortie du stade, que l’entrée du meilleur buteur du club Oto John et la réduction de l’écart par Florent Hasani ne retiendront pas sur leur siège.

Ceux qui restent ne ménagent pas leurs joueurs. Des « honte à vous » descendent des travées et des sifflets accompagnent chaque changement décidé par l’entraîneur du KF Trepça’89 Zekirija Ramadan. Au coup de sifflet final, personne ne s’attarde. Les 13 000 places du stade se vident en moins de cinq minutes.

« Le match était truqué, proteste Rushi, un fidèle supporter du club. 0-1 je veux bien, mais pas 1-4 ! » Pour Shkelqim Xhaqkaj, journaliste sportif, ce n’est que partie remise : « L’an prochain, nous y arriverons. Nous sommes encore un petit pays et nous manquons d’expérience. »

Le KF Trepça 89 est éliminé mais la page européenne du foot kosovar n’est pas encore complètement tournée : jeudi, le FC Pristina tentera de remonter un retard de cinq buts face aux suédois du IFK Norrköping. Pour voir un club kosovar briller en coupe d’Europe, il faudra donc encore s’armer de patience.

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Le résumé de la rencontre en vidéo :

Basile Dekonink, Alice Lefebvre et Marc van Torhoudt

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