En septembre 98, le conflit au Kosovo éclate. Jean-Arnault Dérens a 30 ans. Il connaît la région des Balkans depuis près de dix ans. C’est au cœur de cette actualité qu’il choisit de fonder son propre média, Le Courrier des Balkans. Il nous livre sa vision du journalisme au Kosovo.

Nous avons échangé avec Jean-Arnault Dérens cet hiver, lors d’une interview par Skype menée depuis la Bretagne. Le journaliste partage sa vie entre les Balkans, la Bretagne et la capitale parisienne. Il nous raconte la genèse du Courrier des Balkans.

En 1998, alors professeur agrégé d’histoire, Jean-Arnault Dérens parcourt les Balkans depuis presque dix ans. Le conflit serbo-kosovar éclate. En septembre, il quitte l’enseignement, s’installe au Monténégro et décide alors de créer son propre média au cœur de cette actualité brûlante.

Devenu désormais une référence journalistique dans la région, Le Courrier des Balkans a, à ses débuts, une tout autre vocation : « La raison d’être de ce journal était de créer un outil de solidarité professionnelle entre les journalistes indépendants. » D’abord, le journal traduit les productions des journalistes locaux. Selon Jean-Arnault Dérens, le site a permis la publication d’articles qui n’auraient pas pu voir le jour dans la presse locale. Le Courrier des Balkans fait peu à peu appel à des correspondants sur place.

En parallèle, il poursuit sa mission de soutien au journalisme dans les Balkans. Car Le Courrier des Balkans, c’est aussi une associationEn janvier 2007, elle participe à la fondation d’un média kosovar Nevipe Kosov@, par des Roms et pour des Roms, une minorité discriminée au Kosovo.

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Le journal a pour objectif de « faire entendre la voix de ces médias, pour éviter tout filtre occidental« , explique Jean-Arnault Dérens. D’après le rédacteur en chef, le journalisme au Kosovo, mis à part « quelques journalistes résistants », n’existe pas.

Journalisme au Kosovo, entre corruption et manque de moyens

Après le conflit, les médias kosovars ont reçu des aides de l’Union européenne afin d’assurer la liberté de la presse et la démocratie. Un véritable gâchis, assure le patron du Courrier des Balkans : « Personne ne sait vraiment qui a reçu de l’argent et combien« , se souvient-il.

Dans les années 90, tous les pays de la régions sont dominés par des nationalistes. Au Kosovo, les recours à la censure et à la propagande sont monnaie courante. Les opposants politiques et les journalistes sont assassinés… Encore aujourd’hui, les journalistes au Kosovo subissent pressions et agressions.

Et selon Reporters sans Frontières, le Kosovo est classé 82e sur 180 en 2017.  Pour Jean-Arnault Dérens, les menaces visent essentiellement les journalistes locaux, les correspondants étrangers sont protégés grâce à leur nationalité. Il peut, pour sa part, exercer son métier en toute indépendance.

Infographie de Reporters Sans Frontières

« Il faut savoir qu’un tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour. Les minimums sociaux se réduisent à la somme de 30 euros par mois pour une famille. Donc la corruption est très massive », rappelle le journaliste.

Jean-Arnault Dérens dépeint ainsi un paysage médiatique en berne. Et côté lecteurs, ce n’est guère mieux : « Les Kosovars n’ont pas vraiment le moyen de consommer la presse, » insiste-t-il. Et de conclure : « Pour certains ils n’ont même pas l’électricité. »

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Florie Castaingts

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