Malgré des dispositions législatives en faveur de l’égalité des genres, le Kosovo reste une société patriarcale, où les femmes sont discriminées dans l’accès à l’emploi et la formation. Sans compter l’omniprésence des lois coutumières qui entravent l’intimité féminine.

1325. Ce chiffre reste en travers de la gorge de nombreuses militantes féministes. Et pourtant, il correspond à un changement qui aurait dû marquer le droit des femmes kosovares. Il s’agit de la résolution 1325 sur les Femmes, la Paix et la Sécurité, adoptée en 2000 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Elle devait souligner l’importance d’une pleine participation des femmes, dans des conditions d’égalité, à la prévention et au règlement des conflits. Un texte dont la portée est restée minime au Kosovo, pays encore dominé une vision patriarcale de la société.

L’arsenal législatif semble pourtant complet : l’inscription de l’équité des sexes dans la constitution kosovarel’incorporation de la Convention des Nations Unies contre les discriminations à l’égard des femmes dans les textes législatifs, une loi sur l’égalité des sexes votée en juin 2015… Il existe même une agence pour l’égalité des sexes, dont la mission est d’assurer la prise en compte de la question dans tous les projets de loi et de réglementation.

Des postes à responsabilité encore réservés aux hommes

Pourtant, ce cadre réglementaire peine à s’appliquer sur le terrain. Les femmes demeurent discriminées dans différents champs de la société. D’après le rapport de l’Office fédéral des migrations et des réfugiés de mai 2015, ce sexisme concerne en particulier l’accès à l’emploi et à la formation. Avec seulement 10% des commerces détenus ou dirigés par des femmes, à peine 15% de femmes au sein de la police, des postes à responsabilité encore réservés aux hommes, le Kosovo n’a pas encore su donner une place digne à sa gente féminine. Et ce, malgré la présidence d’Atifete Jahjaga, première chef d’Etat kosovare, entre 2011 et 2016.

Selon un sondage réalisé par l’Unicef et la Kosovo Statistics Agency en 2015, environ un tiers des femmes interrogées, âgées de 15 à 49 ans, a déclaré qu’un homme avait le droit de battre sa femme si celle-ci commettait des fautes au sein du foyer.

A l’origine de ces réticences : une vie sociale régie par la religion musulmane et de nombreuses règles coutumières, dont le proéminent « Kanun de Lekë Dukagjini ». Dans ce code du XVe siècle, les femmes doivent rester à la maison pour assurer le quotidien et la vie du foyer. Il instaure aussi des règles strictes sur l’héritage : les femmes ne sont pas supposées devenir propriétaires. Un commandement qui a des conséquences sur la société kosovare, où seules 17% des femmes possèdent un bien immobilier.

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Le contrôle de l’intime

Le patriarcat régit la vie sociale jusque dans l’intime. La contraception reste encore un sujet tabou. Quant à l’interruption volontaire de grossesse, si elle est légale jusqu’à la dixième semaine, le choix d’avorter est très mal perçu. De fait, peu de femmes osent se rendre dans les hôpitaux pour subir ces interventions, même avec leur mari, s’alarme un rapport du Fonds des Nations unies pour la Population. Certaines sont même obligées d’accepter des opérations clandestines.

L’omerta se déplace aussi au sein du couple. Les violences conjugales demeurent un phénomène largement répandu, voire culturellement accepté. Selon un sondage réalisé par l’Unicef et la Kosovo Statistics Agency en 2015, environ un tiers des femmes interrogées, âgées de 15 à 49 ans, a déclaré qu’un homme avait le droit de battre sa femme si celle-ci commettait des fautes au sein du foyer. Les victimes de violence sexuelles sont aussi stigmatisées, le viol étant perçu comme un déshonneur pour la famille.

Une violence sous-estimée

Ces différents phénomènes restent sous-estimés par les autorités. « Les violences domestiques relèvent toujours dans une large mesure de la compétence civile, tant les poursuites pénales à l’encontre des auteurs de ces agissements sont rares », alerte un rapport de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), en 2015. De plus, la situation socio-économique difficile du pays touche profondément les femmes, premières victimes du chômage, et les empêche bien souvent de pouvoir divorcer de leur mari, faute de moyens financiers.

Le combat de l’égalité femme-homme est encore loin d’être gagné au Kosovo. Mais de nombreuses institutions entendent lutter contre cette inégalité, comme le Kosovo Women’s Network, à l’origine de plusieurs programmes visant, entre autres, à impliquer les femmes dans la vie publique et à leur assurer une meilleure prise en charge médicale. Et les Kosovares n’hésitent pas à descendre dans la rue. En témoigne la marche des femmes organisée le 21 janvier dernier à Pristina (voir vidéo). Une révolution féminine en marche.

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Sophie Vincelot

 

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