Né de l’éclatement de la Yougoslavie, le Kosovo est indépendant depuis 2008. Situé entre la Serbie et l’Albanie, le pays est reconnu par la majorité de la communauté internationale. Odile Pierrot, lors d’une mission pour l’Organisation pour la sécurité et la coopération européenne (OSCE), a participé à ce processus de démocratisation.

Ce n’est pas une indépendance sortie du chapeau”, assure Odile Pierrot, consul honoraire du Kosovo en France. “Cette indépendance est au départ une indépendance supervisée, encadrée et balisée par la communauté internationale.” À l’issue de négociations, le 17 février 2008, Pristina déclare son indépendance, validée par la Cour internationale de justice le 22 juillet 2010.

L’indépendance est importante pour participer à des organisations internationales, des programmes, des réunions, des financements évidemment”, continue Odile Pierrot. Cette dernière a pris part au processus en 2008, quand elle était chargée de mission pour la démocratisation auprès de l’OSCE.

Aujourd’hui, le Kosovo est membre du FMI, de la Banque mondiale, de la BERD, de la Banque de développement du Conseil de l’Europe et de la Commission de Venise. Il est aussi membre observateur à l’Organisation internationale de la Francophonie depuis novembre 2014.

 

Les dirigeants de l’époque estiment que la proclamation d’indépendance est le « résultat d’un processus concerté » avec les acteurs de la scène internationale, dont la Serbie. Dans les faits, cela semble plus compliqué. Notamment au sein l’Union européenne, où 23 des 28 États membres ont reconnu l’indépendance. Ce n’est pas le cas de l’Espagne par exemple.

« Pour le cas de l’Espagne, vous avez à la fois le problème de la Catalogne évidemment où la sécession d’une partie de territoire pose problème. En 2008, la situation politique en Espagne était particulière et les autorités auraient préféré repousser le processus, ce qui n’a pas été possible pour des raisons de calendrier« , analyse Odile Pierrot.

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Une indépendance controversée

D’autres pays, dont la Serbie en première ligne, ne reconnaissent pas le Kosovo. Contrairement à la Slovénie, la Bosnie ou le Monténégro, le Kosovo ne fut jamais historiquement un État indépendant. Ce territoire a été tour à tour une province de l’Empire romain, de l’Empire bulgare, de l’Empire byzantin, de l’Empire serbe et de l’Empire ottoman jusqu’en 1913. En 1918, le Kosovo a été intégré au nouveau Royaume des Serbes, Croates et Slovènes.

Côté serbe, ils considèrent ce territoire comme le berceau de leur État. Ils estiment aussi que la capitale de l’Empire serbe, à son apogée, était située à Peć, au Kosovo. Cette tension entre Belgrade et Pristina est toujours présente en 2017, illustrée par l’affaire Ramush Haradinaj. L’ancien Premier ministre kosovar est accusé de crimes de guerre par Belgrade, qu’il aurait commis lors de la guerre du Kosovo en 1999.

Alors, le Kosovo serait-il “mal né” ? En tout cas, c’est ce que déclarent certains spécialistes des Balkans comme Vladimir Vasak ou Jean-Arnault Dérens. Le Kosovo est en effet né dans une situation ambigüe, héritée d’un passé compliqué. Un réveil des nationalités pourrait se reproduire. Et déclencher un conflit semblable à 1999, qui a fait plus de 13 000 morts au Kosovo. 

Alice Lefebvre

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