Durant la guerre au Kosovo (1998-1999), entre 20 000 et 50 000 personnes auraient subi des violences sexuelles. Des victimes qui aujourd’hui encore ont du mal à se faire entendre. C’est pour elles que Céline Bardet a créé We are not a Weapon of War.

« Au Kosovo, le viol a été utilisé comme arme de destruction des communautés. » Les termes employés par Céline Bardet sont forts, durs à entendre, mais pesés et choisis. On rencontre cette juriste pénale internationale en mars dernier, dans son appartement du 11e arrondissement parisien. Elle rentre alors tout juste d’Irak, où elle s’est « cassée le dos avec les 19 kg du gilet pare-balles ». Mais à peine le mot « Kosovo » prononcé, elle s’emballe. Et revient sur la genèse de son association, We are not a Weapon of War.

Coïncidence du calendrier ou non, en mars 2014, le parlement du Kosovo modifie sa loi sur le statut et les droits des anciens combattants de l’UÇK, les indépendantistes kosovars. Un amendement à cette loi est ajouté afin d’inclure la catégorie des victimes de viols commis pendant la guerre du Kosovo. Ces dernières peuvent alors prétendre à des aides de l’État et à une pension de 300€ par mois. C’est un signal fort envoyé par la présidente kosovare de l’époque, Atifete Jahjaga. Mais la mise en application du texte de loi tarde.

« Il  n’y a pas de structure internationale dédiée aux victimes de viol comme arme de guerre »

Le viol reste un tabou dans la société conservatrice kosovare. Beaucoup de personnes – femmes et hommes – ayant subi ces violences sexuelles se sont tues. D’autres, si elles ont osé parler, sont exclues de leur communauté et de leur famille. L’enjeu est immense : selon les chiffres du gouvernement, 20 000 Kosovars auraient été violés durant la guerre du Kosovo. En réalité, les ONG estiment plutôt que 50 000 personnes sont concernées.

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Forte de ses expériences dans les Balkans et en Libye, Céline Bardet lance une campagne de sensibilisation en juin 2014, intitulée I am NOT a weapon of war. Spécialiste des crimes de guerre, la juriste est consciente de ce phénomène, qui touche notamment le Kosovo. Elle a commencé sa carrière au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et a découvert l’ampleur des dégâts de la systématisation du viol en Bosnie.

La campagne prend de l’ampleur. Céline Bardet crée dans la foulée We are not a Weapon of War (WWoW) et sillonne la Libye, l’Irak et les Balkans. « Il n’y a pas de structure internationale dédiée à cette question, afin d’aider ces victimes, les accompagner dans leur reconstruction. Nous sommes les seuls à nous saisir de cette question », assène Céline Bardet. Une reconstruction qui passe par la mise en place de procès pour crimes de guerre. Pour le Kosovo, le Tribunal spécial qui ouvrira prochainement à La Haye devrait remplir ce rôle.

Manon Gayet

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