En 2013, son visage s’affiche en Une des journaux. Leonarda est le nom d’une jeune Kosovare arrêtée en pleine sortie scolaire afin de l’expulser vers le pays où elle a grandi. Retour sur les faits marquants de cet épisode devenu une affaire d’État.

L’expulsion a été aussi expéditive que brusque. Ce matin du 9 octobre 2013, Leonarda est arrêtée en pleine sortie scolaire. Devant son collège à Pontarlier, deux policiers la récupèrent sous les yeux médusés des professeurs. Quelques heures plus tard, voici Leonarda dans l’avion. Ses cinq frères, ses sœurs, ses parents : ils retourneront tous au Kosovo.

Ce jour-là, Leonarda est en route avec ses camarades pour l’usine Peugeot de Sochaux dans le Doubs. Dans le bus scolaire, la jeune fille discute, rigole. Comme un enfant de 15 ans. Au bout de quelques kilomètres, elle reçoit un appel : sa famille va être expulsée au Kosovo, le pays où elle a grandi. Elle doit absolument les rejoindre.

Arrêter une mineure pendant une sortie scolaire : la méthode a fait grincer des dents. Le secrétaire général de la préfecture du Doubs, Joël Mathurin, tente de se justifier à l’époque dans la presse : « Il n’y a pas eu d’interpellation au sens propre du terme, il y a eu une prise en charge », déclare-t-il.

Une méthode contestée

Cette expulsion a été ordonnée pendant le mandat d’un homme qui est désormais de retour sur la scène politique : Stéphane Fratacci, préfet du Doubs à partir de 2012. Il vient d’intégrer le cabinet du nouveau ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

Chez les politiques, on s’indigne. La gauche s’en prend au Premier ministre de sa propre majorité, Manuel Valls. Même le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Vincent Peillon, critique l’arrestation. Selon lui, « on ne doit pas intervenir dans le temps scolaire ».

Dans le milieu associatif, l’affaire irrite également. Au moment de l’expulsion, le Réseau éducation sans frontières (RESF) de Besançon est furieux. En cause : l’homme à la tête d’un Comité de soutien aux demandeurs d’asile, proche du RESF, a autorisé le fameux coup de fil ayant permis l’arrestation du 9 octobre.

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Hollande tente de calmer la polémique

A la veille des vacances scolaires, les lycéens se mobilisent en soutien à Leonarda et contre les expulsions d’enfants scolarisés. A Paris, les jeunes sont entre 2 500 (selon les policiers) et 7 000 (d’après les organisations lycéennes) dans la rue, avec des slogans visant directement le Premier ministre. Sur plusieurs pancartes, on peut lire : « Valls dehors ! »

Pour calmer la polémique, François Hollande décide de prendre les choses en main. Lors d’une déclaration solennelle, il propose à Léonarda – « à elle, et à elle seule » – de revenir en France. La jeune fille refuse. Elle restera avec sa famille mais promet de revenir un jour.

La famille Dibrani est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 26 janvier 2009. Elle est alors logée à Levier (Doubs, Franche-Comté), dans l’un des six logements dédiés aux demandeurs d’asile.

Les différents recours proposés aux demandeurs d’asile ont été épuisés. L’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) rejette la demande de protection de la famille en 2009. Il en est de même pour la Cour nationale du droit d’asile en 2011. La cour administrative d’appel de Nancy validera finalement en 2013 la décision préfectorale du Doubs.

Qu’est devenue Leonarda ?

Depuis, Leonarda a d’abord été serveuse dans un bar de Mitrovica. Sa famille et elle se sont rendues en Croatie après cela. Ils détiennent désormais un passeport croate. En janvier dernier, la jeune fille déclare à BFMTV que sa vie est compliquée et qu’elle ne va plus à l’école.

En tant que citoyenne croate, Leonarda a désormais toute liberté de voyager sur le territoire de l’Union européenne. Et elle ne cache pas son souhait de revenir en France : « J’ai envie de revenir en France pour remercier les gens qui m’ont aidée quand j’avais des problèmes. Je peux venir en France quand je veux ! »

ÉCLAIRAGE – Leonarda, le symbole de la condition des Roms au Kosovo
« Maintenant, avec ma famille, je dors sur un banc à Mitrovica, au Kosovo. Je n’ai même pas le droit d’aller à l’école parce que je suis Rom. » expliquait-elle en 2013 sur France Inter, une semaine après son expulsion. Comme Leonarda, des milliers de Roms ont peur de vivre au Kosovo, leur communauté étant méprisée par la population.Avant l’intervention de l’OTAN en 1999, les Roms étaient au nombre de 100.000 au Kosovo. Ils sont désormais moins de 30.000. Le taux de chômage chez les Roms est énorme : 97%, contre 45% pour la population albanaise. A Mitrovica, les Roms vivent dans la Roma Mahala, un quartier reconstruit par une ONG. 8 000 Roms y vivaient avant la guerre.
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Sofian AISSAOUI

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