Obtenir un visa pour voyager en dehors des Balkans relève de la mission impossible pour la plupart des habitants du Kosovo. Les citoyens du jeune État étouffent. Krenare Gashi, responsable d’un organisme de coopération entre jeunes des Balkans, témoigne.

« L’objectif principal pour nous, ce n’est pas d’entrer dans l’Union européenne (UE), il faut d’abord qu’on puisse voyager chez nos voisins« , explique Krenare Gashi, une Kosovare de 24 ans. Elle vient d’être nommée responsable locale du Régional Youth Cooperation Office des Balkans (Ryco). Un organisme financé par les six États des Balkans (Serbie, Monténégro, Kosovo, Macédoine, Albanie, Bosnie-Herzégovine) pour favoriser les échanges entre les jeunes de cette région. La jeune femme regrette les conséquences du conflit au Kosovo en 1999, qui touche aujourd’hui la jeunesse kosovare. Surtout avec leur voisin le plus proche, la Serbie, dont les relations diplomatiques sont parfois rompues.

« Tout ce que nous pouvons faire, c’est aller à la plage en Albanie l’été. Tout le reste, il faut faire des demandes de visas pendant des semaines, voire des mois. » Souvent, ça n’aboutit même pas.

Albanie, Turquie, Macédoine, Monténégro, Serbie et les îles Maldives, voici les six destinations pour lesquelles les habitants du Kosovo doivent montrer seulement leur carte d’identité.

« Nous sommes comme notre bibliothèque nationale, entourés de grilles »

Dès qu’il s’agit d’entrer dans l’espace Schengen (22 États membres de l’UE, ainsi que la Norvège, l’Islande, la Suisse et le Liechtenstein) ou de partir sur le continent américain, l’Asie ou encore la Russie, les ressortissants du Kosovo doivent faire une demande de visa.

Il faut parfois attendre plusieurs semaines pour recevoir un visa, le temps de l’enquête administrative. © Thomas Schnell

L’idéal pour les citoyen du Kosovo, c’est d’avoir la double nationalité. « Un passeport suisse et un passeport kosovar, par exemple. Comme ça, on peut montrer patte blanche partout où l’on passe. »

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« Le plus dur, c’est d’obtenir le premier visa »

« Au début, les autorités kosovares se méfient. Elles veulent être sûres que tu reviendras. Tu dois donc remplir un tas de documents« . D’abord, il faut montrer une invitation officielle d’un ami résident dans le pays d’accueil. Cet ami doit confirmer qu’il va vous héberger. Ensuite, il faut assurer travailler au Kosovo, « et tout un tas de raisons qui vous obligeront à revenir« . Selon Krenare Gashi, cette rigueur de la politique d’émigration s’explique simplement : « Ils ont peur que le pays se vide. »

La démarche pour obtenir le sésame dure des mois, mais les centaines de candidats ne perdent pas espoir. « On vit dans un pays qui étouffe. La guerre est encore proche, les histoires des grands-parents se racontent encore à table. Nous voulons seulement sortir du pays pour prendre l’air et de la distance vis-à-vis de notre passé. »

Au Kosovo, l’ambassade de Suisse se charge de délivrer les visas pour tous les pays de l’espace Schengen. Tous les jours ou presque, la file d’attente déborde sur le trottoir. © swissinfo.ch

Avec son organisme, elle tâche de faire collaborer les jeunes des Balkans sur différents projets culturels. Tout est encore récent, mais déjà Krenare Gashi place beaucoup d’espoir dans ce projet. « Le président élu de Ryco est un Serbe et travaille en Albanie. C’est la première fois qu’on voit ce genre de collaboration pacifique depuis un moment ! Jamais la situation n’aurait été envisageable il y a dix ans de cela.« .

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Krenare Gashi, fille de la méritocratie

Krenare Gashi a terminé un Master of Business Administration (MBA) d’économie à l’université de Pristina. Elle n’a que 24 ans mais son CV s’étale déjà sur trois pages. Souvent, on l’accuse d’avoir des amis haut placés. Ce n’est pas le cas, son père est ingénieur agricole et sa mère travaille dans une crèche. Krenare se voit comme un pur produit de la méritocratie kosovare. Elle explique que, toute son adolescence, elle a travaillé dur pour réussir à l’école. Son petit frère et sa grande sœur ont aussi fait des études. Elle est la seule à avoir multiplié les stages et le volontariat. Elle s’est engagée pour l’épanouissement de la jeunesse depuis 2014 par le biais de différentes associations.

Elle a notamment été directrice du Centre pour la jeunesse du Kosovo, ou encore d’une association d’entraide pour étudiants Let’s do it Kosovo. Grâce à ses engagements, elle a pu se rendre facilement dans l’UE pour participer à des colloques (elle connaît très bien Strasbourg et le Parlement européen). Elle s’engage désormais pour la mobilité internationale de la jeunesse.

Thomas Schnell

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