Le monastère de Pejë/Peć est le lieu le plus important de l’orthodoxie serbe. Les touristes remarquent sa beauté, mais les nationalistes albanais y voient plutôt une permanence de la présence serbe au Kosovo. D’où son isolement, tant par vocation des religieux que par mesure de sécurité.

« Vos papiers s’il vous plaît. » Devant l’arche qui marque l’entrée du monastère, trois policiers montent la garde. Une barrière interdit l’accès aux véhicules non autorisés. « Pour des raisons de sécurité, vous ne pourrez filmer et faire des photos qu’à l’extérieur, mais pas à l’intérieur du monastère », nous prévient l’une des religieuses.

On n’entre pas dans le monastère sans autorisation © Marc van Torhoudt

Pourtant, à l’intérieur, seules les cloches annonçant l’arrivée du patriarche de l’Église serbe viennent troubler le calme. Le rouge des murs de l’église de la Vierge « Hodegritia » ressort sur le vert des montagnes avoisinantes.

Au cœur de l’orthodoxie serbe

Des fresques ornent l’ensemble des murs intérieurs du monastère © Marc van Torhoudt

 

Même si le sol appartient au Kosovo, le monastère est le siège de l’Église orthodoxe de Serbie, lieu de couronnement de son patriarche. Il a été fondé au XIVème siècle par Stefan (Étienne) III, l’un des rois les plus importants de l’Histoire serbe. Sur les murs, des fresques racontent l’histoire du pays à l’époque médiévale. Autant d’images qui représentent pour les nationalistes albanais des siècles de soumission de leur peuple à la Serbie.

L’incarnation de l’occupation serbe du Kosovo

En 1999, au plus fort de la guerre entre Serbes et nationalistes albanais, près de 150 lieux de culte orthodoxes serbes ont été attaqués dans tout le pays. Seuls les barrages des militaires italiens de la Force pour le Kosovo (KFOR) ont permis de préserver ceux de Pejë/Peć.

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18 ans après la fin du conflit, les nationalistes menacent toujours les lieux. Le monastère est, selon eux, une permanence de la culture serbe entre les montagnes du Kosovo. Aujourd’hui, les check-points ont été levés, mais les religieux serbes qui habitent le monastère sont persona non grata dans les villes alentours.

Le tourisme, une chance pour la préservation du monastère

Le monastère de Pejë/Peć est l’une des destinations les plus prisées des visiteurs du pays. Un argument de poids pour les autorités, pour qui le tourisme est un atout économique.

Pour préserver ce patrimoine, une campagne de restauration a été menée en 2006. La même année, le monastère a été placé sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco et, comme son voisin de Visoki Dečani, sur celle du patrimoine mondial en péril.

 

Texte : Marc van Torhoudt. Reportage : Marc van Torhoudt, Florie Castaingts et Raphaël Marchal.

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