30 ans qu’ils attendaient ça . Jeudi, les ultras de Plisat, le principal groupe de supporters du KF Prishtina, ont assisté au premier match de coupe d’Europe de football de l’histoire de leur club. Un événement tout aussi sportif que politique pour ces partisans d’un Kosovo albanais.

C’est une première pour leur club du KF Prishtina. Un match de coupe d’Europe, de Ligue Europa en l’occurrence. Immanquable pour tout ultra de Plisat qui se respecte. « C’est enthousiasmant, 28 ans que j’attends ça », s’exclame Genc, 28 ans, dentiste de profession.

Ça fait 28 ans que j’attends ça !

Ils sont une centaine rassemblés entre les barres d’immeubles, maillots bleu et blanc de leur club de coeur du KF Prishtina sur le dos. Installés sur des balançoires et d’autres jeux pour enfants, tous leurs regards sont tournés vers un drap blanc tendu à même un mur, sur lequel le match est retransmis grâce à un vidéoprojecteur.

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Quelques minutes avant le match, derniers moments pour installer l’écran © Marc van Torhoudt

« C’est notre quartier général. On se rassemble ici avant les matches, on commence à boire. On s’échauffe », raconte Tao. La tension monte, des « Prishtinë ! Prishtinë ! » commencent à fuser.

Une première douloureuse

Pourtant, au coup d’envoi, tous veulent se montrer raisonnables : « C’est notre première participation en coupe d’Europe, je ne me fais pas beaucoup d’illusion, même s’il y a toujours de l’espoir », sourit Tao.

 

L’entame de match pourrait lui donner raison. Les joueurs du KF Prishtina manquent d’ouvrir le score par deux fois. Mais rapidement, les Suédois se montrent bien supérieurs. Quasiment chacune des attaques fait mouche.

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1-0 dès la 10e minute de jeu. Et le score s’aggrave rapidement. 2-0 à la 24e, 3-0 deux minutes plus tard… À la mi-temps, la messe est dite : 5-0 pour Norrköpping. Fin de la soirée foot pour la moitié des spectateurs résignés, qui désertent les lieux. Seuls les plus fervents restent, et continuent de chanter.

On cherche des explications à ce résultat décevant. « L’arbitre est nul », assène Nart, 13 ans. « On manque d’expérience mais pas que. On manque d’argent aussi. Il y a beaucoup de jeunes talents ici, mais ils ne restent pas. Il faut se concentrer sur la formation des joueurs et leur donner envie de rester ici », explique Besnik, membre influent de Plisat.

Il y a beaucoup de jeunes talents ici, mais ils ne restent pas. Il faut se concentrer sur la formation et donner envie aux jeunes de rester ici.

La deuxième période a peu d’intérêt, malgré quelques frissons. Les caprices de la connexion internet s’en mêlent, entretiennent un peu le suspens, lorsque l’image se fige sur un ballon qui prend la direction du but de Norrköpping. On retient son souffle… Malheureusement, quand l’image revient, le gardien suédois a la balle bien en main. On ne verra pas ce soir le premier but de l’histoire du KF Prishtina en coupe d’Europe.

Prishtina et l’Albanie dans le cœur

Tant pis, on va parler d’autre chose que de football. Car les 2 000 membres de Plisat n’ont pas que le KF Prishtina ancré dans le coeur. Le groupe, officiellement fondé en 1987, porte également des messages politiques forts, marqués par le nationalisme albanais.

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Son nom, déjà. « Plisat » vient de plis, un chapeau de feutre blanc traditionnel en Albanie. Et au début du match, ce n’est pas le drapeau bleu du Kosovo que les 300 supporters autorisés à se rendre en Suède ont déployé, mais bien celui, rouge à l’aigle noir, de l’Albanie.

Je ne connais aucun des joueurs qui jouent dans la sélection du Kosovo. Mon pays, c’est l’Albanie !

« Le Kosovo n’est qu’une région de l’Albanie, indique Tao. Tout comme le sont les autres régions dans lesquelles vivent des Albanais, le sud du Montenegro, une partie de la Macédoine… » Et hors de question de soutenir la sélection nationale du Kosovo. « Je ne connais aucun des joueurs qui y jouent, que ceux de l’Albanie », poursuit le jeune homme.

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Quelques supporters de Plisat portent des t-shirts arborant l’aigle albanais © Marc van Torhoudt

« Le sport est un bon moyen de diffuser un message politique, explique Besnik, par ailleurs membre d’un mouvement politique d’auto-détermination. Tous les gens ici sont albanais, leurs parents sont albanais. Quelque soit leur religion, leur métier, leurs idées, ils sont avant tout albanais. »

Sitôt la fin de la rencontre sifflée, les derniers supporters se dispersent rapidement : le vrai rendez-vous, c’est le match retour, jeudi soir, au Stadiumi Olympiki de Mitrovicë, puisque celui du club de la capitale n’est pas agréé pour accueillir une rencontre de coupe d’Europe. Même si les chances de qualification sont quasiment nulles, l’ambiance promet d’être bouillante.

Marc VAN TORHOUDT

 

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