Oliver Ivanovic, l’une des rares voix modérées parmi la classe politique serbe du Kosovo, a été inhumé jeudi 18 janvier à Belgrade, deux jours après son mystérieux assassinat au nord du pays, à Mitrovica.

Il reposera désormais dans « l’Allée des citoyens remarquables », au côté du Prix Nobel de Littérature Ivo Andric ou encore du Premier ministre assassiné en 2003 Zoran Djindjic.

Au Nouveau Cimetière de Belgrade à 11h30 ce jeudi, de nombreuses figures politiques se sont pressées pour assister à la cérémonie, à commencer par Ana Brnabic, actuelle Première ministre serbe. D’autre part, des centaines de Serbes du Kosovo, avaient quitté Mitrovica à l’aube pour y assister. « C’est une tragédie, nous avons perdu le meilleur d’entre nous », dit l’un d’eux, Aleksandar Jaksic, 44 ans.

obseques_ivano

Plusieurs centaines de personnes sont venues se recueillir autour d’Oliver Ivanovic à Belgrade. (c) AP

Oliver Ivanovic, homme politique iconoclaste

Rare homme politique serbe du Kosovo à être albanophone, Oliver Ivanovic jouissait d’une image de modéré. Partisan du dialogue entre les communautés. Il était aussi une voix contre la corruption et la criminalité qui gangrènent Kosovo, notamment au Nord. Aussi, Oliver Ivanovic était le seul responsable politique de premier plan à s’opposer publiquement à Belgrade. Force politique hégémonique parmi les serbes du Kosovo, les responsables de Srpska lista (émanation politique du SNS de A.Vucic, ndlr), ne mâchaient pas leurs mots à son égard.

Lors de la campagne municipale d’octobre, le maire de Mitrovica-Nord, Goran Rakic, dénonçait la « conviction paranoïaque » de son adversaire. Il l’accusait par exemple de s’être « tu pendant que les villages et les monastères serbes brûlaient dans tout le Kosovo en 2004 » lors d’émeutes interethniques.  Après l’assassinat, à l’instar de tous les responsables serbes dont Aleksandar Vucic, l’homme a édulcoré ses propos, estimant que « les tirs contre Ivanovic (étaient) des tirs contre tous les Serbes du Kosovo ».

Aucun élément concret ne permet de privilégier la thèse de tueurs venus d’un camp ou de l’autre, après deux jours d’une enquête codirigée par des procureurs des deux communautés. « Il y a eu des auditions de témoins potentiels », des investigations sur des mails ou sur les réseaux sociaux, a déclaré à l’AFP un responsable policier Zeljko Bojic.

Lire aussi  L'UE salue la tenue d'élections libres au Kosovo

Contexte tendu

Ce crime a suscité les craintes de voir se tendre encore les relations dans le nord du Kosovo où vit une grande partie de la minorité serbe, forte de 120.000 habitants. Il a déjà entraîné un report sine die des discussions entre les deux camps pour une normalisation de leurs relations, lesquelles devaient reprendre le jour du crime, le 16 janvier.

Oliver Ivanovic a été exécuté devant le siège de son petit parti d’obédience sociale-démocrate à Mitrovica. Près de vingt ans après la guerre entre forces serbes et rebelles indépendantistes kosovars albanais (13.000 morts), cette ville reste divisée entre un secteur serbe au nord (13.000 habitants) et albanais au sud (72.000).

Avec le soutien de Belgrade, les Serbes du Kosovo ne reconnaissent pas l’indépendance de cette ancienne province de la Serbie peuplée en immense majorité de kosovars albanais. Une ligne à laquelle ne dérogeait pas Oliver Ivanovic, 64 ans. Il était confronté à des accusations de crimes de guerre, qu’il réfutait, contre des Kosovars albanais.

Jonathan DUPRIEZ avec AFP.

 

 

Comments

comments