Pour pallier les manques de formations dédiées à la protection de l’enfance, l’ONG suisse Terre des hommes propose un accompagnement des travailleurs sociaux du pays. L’objectif est de les conseiller sur leurs actions de terrain.

Parmi la dizaine de participants, il y a des retardataires. Ils viennent des quatre coins du pays. Certains sont encore coincés dans les embouteillages de Pristina, assaillie par la chaleur écrasante du mois de juin. C’est au bout de l’une de ses artères que se dresse l’hôtel Sirius. À deux pas des klaxons et des échoppes pleines à craquer, cet établissement feutré fait office de centre de conférences.

 « La condition de cette petite fille était très compliquée. Elle vit avec son père et ses grands-parents dans des conditions lamentables. Mais nous avons réussi à débloquer la situation ». Jozef Frrokaj s’exprime devant neuf de ses confrères. Tous sont des travailleurs sociaux. Ce père de famille, âgé de 37 ans, travaille depuis un an et demi pour la municipalité d’Istog, dans le nord-ouest du Kosovo. Micro à la main, Power Point à l’appui, il demande l’avis de ses collègues concernant ce récent cas qui s’est présenté à lui.

Jozef Frrokaj s’exprime devant ses confrères lors de la réunion organisé par  Terre des hommes © Anaïs Recouly

 

La réunion a été organisée par Terre des Hommes, un organisme suisse qui œuvre à la protection de l’enfance. « Les rencontres en groupe permettent de discuter ensemble des cas rencontrés et de partager nos expériences », explique Albulena Shabani, chargée de mission pour l’ONG.

Des fonctionnaires non formés par l’Etat

Depuis 2012, l’organisme helvétique forme des travailleurs sociaux kosovars. Parmi eux, Adriana Bkakcori écoute attentivement les remarques de Naïm Bilalli, chargé de mission pour Terre des Hommes. Elle exerce depuis 4 ans. « Pour moi, l’important, c’était d’apporter mon aide », confie-t-elle. La jeune femme de 27 ans n’a pourtant étudié « que » la sociologie. « Les travailleurs sociaux sont engagés par le gouvernement, mais, ils n’ont pas toujours été formés concrètement au métier », explique à nouveau Albulena Shabani.

Pour aider ces assistants sociaux, l’ONG leur propose une grille de lecture. Lorsque se présente un cas, le fonctionnaire doit d’abord analyser la situation maritale et économique de la famille, avant d’évaluer toute prise en charge. Terre des hommes les met ensuite en contact avec des psychologues, des médecins ou encore la police.

 « Avant, lorsque nous faisions face à un cas difficile, nous étions seuls. Aujourd’hui, nous sommes entourés de conseillers qui nous aident« , témoigne Naim Syla, un assistant social de 50 ans, qui travaille lui aussi à Istog. Lorsqu’il a commencé sa carrière en 2000, juste après la guerre du Kosovo, encore peu de personnes étaient prêtes à s’engager dans les services de protection de l’enfance. « Pour moi, ça m’a semblé une évidence parce que, pendant la guerre, j’appartenais à un comité d’urgence qui distribuait de l’aide », raconte-t-il.

Un programme étendu à 21 municipalités

Selon les statistiques officielles, environ 30% de la population kosovare vit dans la pauvreté, dont 10% dans l’extrême pauvreté, avec moins d’un dollar par jour. Premières victimes : les enfants. Malgré ces chiffres alarmants, beaucoup de villes restent réticentes à dégager des fonds supplémentaires pour renforcer leur service de protection de l’enfance. Elles ne sont d’ailleurs pas les plus difficiles à convaincre

Naim Syla est travailleur social depuis 17 ans. Une expérience précieuse pour l’assemblée qui l’écoute © Anaïs Recouly

Les travailleurs sociaux eux-mêmes ne veulent pas forcément s’inscrire à ce programme.  » Des réunions supplémentaires ne les intéressent pas, tout simplement parce qu’ils ne sont pas payés plus », confie Naim Bilalli. Les assistants à la protection de l’enfance sont rémunérés par le gouvernement, au prix du salaire moyen kosovar, soient 300 euros. 

Le programme continue malgré tout de s’étendre. Aujourd’hui, 21 municipalités en bénéficient. « Depuis deux ans, nous avons réussi à montrer que notre action était utile », ajoute le représentant de Terre des hommes. Un sentiment partagé par les travailleurs sociaux venus échanger ce jour-là.

Anaïs Recouly et Sophie Vincelot

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