Le Kanun codifie et régit la vie quotidienne. S’il est de moins en moins appliqué, ce code hérité du XVème siècle imprègne la culture de la communauté albanaise du pays.

En France, il ne dit rien à personne, à moins d’avoir voyagé en Albanie ou fréquenté des réfugiés kosovars. Pourtant, le Kanun imprègne la culture des Albanais du Kosovo. Il s’agit d’un code de droit coutumier connu de toutes les communautés albanophones. Les premières traces de son existence remontent au XVème, où il aurait été rédigé par un noble albanais du nom de Lekë Dukagjini. Le code contient douze sections. Tous les champs de la vie quotidienne y sont abordés : famille, propriété, bétail, honneur…

Il en découle tout un folklore traditionnel qui entoure les grandes étapes de la vie, comme la naissance ou le mariage. Ces coutumes sont transmises oralement jusqu’au XXème siècle. En 1933, il est, pour la première fois, mis par écrit et publié. Par la suite, il sera cependant muselé par le régime communiste yougoslave, qui impose ses propres lois.

Une résurgence dans les années 1990

En 1991, tout bascule dans la région. Le communisme s’effondre, et la Yougoslavie avec. Le Kosovo, essentiellement composé d’Albanais, entre en guerre contre l’État serbe. Il obtient finalement l’indépendance en 2008.

Durant cette période mouvementée, les différents observateurs notent une résurgence du Kanun dans les régions albanaises. Un rapport de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) de 2015 le décrit comme « un mécanisme de gestion sociale des conflits, qui interviendrait de manière dissuasive ».

« Chacun s’abstiendrait de causer du tort à autrui afin de ne pas s’exposer aux sanctions prévues par le Kanun, une peine d’amende ou autre selon le degré de gravité de l’offense », précise l’institution française. Sans être systématiquement appliqué, le Kanun est utilisé comme repère identitaire pour les Albanais.

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Il est aussi une manière de répondre au vide laissé par la chute de l’État yougoslave. Au Kosovo, il n’existait pas de véritables institutions judiciaires avant 2013. Une grande réforme est alors lancée sous l’impulsion d’institutions internationales. La justice kosovare reprend un modèle occidentalisé. Mais en dépit de ces avancées, elle reste défaillante à bien des égards.

Le cas des vendettas

Le Kanun codifie également de manière précise l’honneur. Mais surtout, il autorise les vendettas. Quand un homme meurt par homicide (volontaire ou non), sa famille est en droit de prendre la vie de quelqu’un dans le clan du responsable. Cette vendetta ne peut alors se faire qu’en dehors de la maison familiale, sanctuarisée.

Ainsi, après la guerre, certaines familles sont restées cloîtrées chez elles par peur de représailles. En 2011, plusieurs médias français se sont notamment fait l’écho d’une histoire opposant deux familles vivant dans la région de Pristina. Les vendettas, qui rappellent les crimes d’honneur de la mafia sicilienne, restent rares. « Le phénomène est en voie de disparition », souligne le rapport de l’Ofpra.

La solution se trouve dans le Kanun lui-même. Traditionnellement, la famille du coupable peut demander pardon à celle qui a été lésée. Si le clan endeuillé accepte, une cérémonie du besa, qui signifie « paix de Dieu », doit avoir lieu. Elle se tient généralement après les funérailles, sous l’égide d’un chef religieux.

Certaines de ces cérémonies se tiennent aux abords du mausolée d’Ibrahim Rugova. Cette figure kosovare avait initié un mouvement pacifiste dans son pays. Ses proches avaient œuvré pour une vaste opération de réconciliation dans les années 1990. Les familles avaient alors décidé d’enterrer la hache de guerre, plutôt que leurs proches.

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Anaïs Recouly

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