Revendications territoriales, tensions communautaires et incidents diplomatiques : les relations serbo-kosovares sont marquées par de nombreuses dissensions. Alors que la situation semblait en voie d’amélioration, ces derniers mois ont été marqués par une dégradation sensible des relations entre les deux pays.

Le samedi 14 janvier 2017 aurait dû être une date historique. Pour la première fois depuis la guerre de 1998-1999, un train, en partance de Belgrade et à destination de Mitrovica, dans le nord du Kosovo, allait rallier la Serbie à son voisin. Un signe d’ouverture et de dialogue, alors que l’affrontement entre les deux nations a causé la mort de 13 000 personnes et que l’indépendance kosovare, proclamée en 2008, n’est toujours pas reconnue par la Serbie.

L’initiative a finalement tourné à l’incident diplomatique : recouvert de l’inscription “Le Kosovo est la Serbie” traduite en 21 langues, le train a provoqué la fureur du gouvernement kosovar qui déploya les forces de l’ordre pour stopper le convoi à la frontière. Un différend de plus dans l’histoire sanglante des relations entre les deux pays.

Ramush Haradinaj au gouvernement, une provocation pour Belgrade

Pourtant, depuis 2011, plusieurs indices laissaient espérer que la situation était en voie d’amélioration. En 2013, sous la houlette de l’Union Européenne – qui pose la normalisation des relations comme condition à la candidature de la Serbie – les deux présidents se sont assis pour la première fois autour de la même table. En 2015, les deux pays signent un accord présenté comme “historique” dans quatre secteurs, dont l’énergie et les télécoms.

Mais ces derniers mois, les incidents ont repris de plus belle. En septembre et en octobre dernier, la police serbe a ainsi procédé ainsi à l’arrestation de deux Kosovars pour crimes de guerre. Le cas le plus emblématique est celui de Ramush Haradinaj, ancien chef de guerre kosovar et Premier ministre de décembre 2004 à mars 2005. L’homme, accusé d’exactions envers des civils serbes durant la guerre par Belgrade, pourrait faire partie du gouvernement de coalition issu des législatives anticipées du 11 juin. Sa nomination compliquerait encore un peu plus la relation entre les deux Etats.   

D’autres points de friction, comme la propriété du groupe industrialo-minier Trepca, ex-fleuron yougoslave, polluent un peu plus le dialogue. Mais c’est surtout le nord du Kosovo, peuplé majoritairement de Serbes, qui cristallise les dissensions. Mitrovica, la grande ville de la région, est littéralement divisé en deux parties hermétiques, serbe et albanaise. La ville est traversée par la rivière Ibar, qui délimite les deux camps. La partie serbe prend directement ses ordres de Belgrade – qui finance l’école, le gymnase et d’autres bâtiments institutionnels – et refuse de reconnaître le gouvernement de Pristina, entraînant parfois des affrontement avec les forces de l’ordre kosovares et internationales. Un projet d’échange de territoires avec la vallée de Presevo en Serbie est d’ailleurs souvent évoqué pour régler la question.

L’indépendance du Kosovo

Jusqu’en 2008, le Kosovo, peuplé à majorité d’albanais, était une province autonome serbe. Mais dès les années 1990, l’éclatement de la Yougoslavie puis de la grande Serbie réveillent les velléités d’indépendance kosovare, que le pays finit par arracher dans un bain de sang. Une émancipation inacceptable pour les Serbes, qui considèrent le territoire kosovar comme le berceau de leur nation. Un non-sens aussi selon eux, de voir les nombreuses églises et monastères orthodoxes qui constituent le patrimoine kosovar gérées par un pays musulman.

Basile DEKONINK

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