Insiders (les « initiés »), vous donne à voir et à entendre. Une série d’articles sur Pristina en mouvement. Toute la culture « under the radar » comme si vous y étiez. Episode #2, cap sur Termokiss, la friche cool.

Termokiss, c’est une friche industrielle située en banlieue de Pristina. Ce bloc de béton imposant est le résultat d’un projet un peu fou sorti de terre il y a un an. D’abord squatté, le lieu est vite réhabilité pour devenir une salle de concert et un lieu d’échanges tout-terrain. Certains événements majeurs tels le festival DokuTech (nouvelles technologies) y ont élu domicile. Nikki Murseli et Njomza Dragusha sont les fondatrices de Termokiss. Elles ont répondu aux questions de Kosovox.

Kosovox : Cela fait près d’un an que vous avez lancé Termokiss, quel bilan pouvez-vous en tirer ?

Nikki Murseli : Nous sommes plus que fières du travail accompli jusque-là. C’était une aventure excitante, et stressante parfois. Mais désormais tous nos doutes et nos peurs ont été transformés en énergie positive. De là à dire que nous pouvons tirer un bilan au bout d’un an serait peut-être prématuré. Je crois que l’on pourra vraiment se rendre compte du changement dans 3 à 5 ans.Ce qui est sûr, c’est que Termokiss a rapproché la jeunesse de Pristina, en plus d’avoir redonné vie à une friche industrielle.

Kosovox : Quelles sont les valeurs que vous défendez ?

Njomza Dragusha : Nous voulons que les gens soient à égalité, qu’ils communiquent entre eux et qu’ils puissent apprendre les uns des autres surtout. Créer une communauté forte a été notre priorité. Nous avons invité les gens à venir s’exprimer, on voulait qu’elles nous parlent de leurs besoins et de leurs envies. On voulait que ces personnes nous disent leur vision de ce nouvel espace. Tout devait être mis en commun.

termokiss, friche industrielle pristina

De gauche à droite : Njomza Dragusha et Nikki Murseli, fondatrices de Termokiss.

Kosovox :  Termokiss, c’est ambitieux… Comment avez-vous bâti un tel projet ?

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Njomza Dragusha : Au départ, on ne s’est pas rendu compte de l’engouement qu’avait suscité notre projet. On a compris que ça prenait de l’ampleur quand on a eu la chance de rentrer en contact avec Toestand. C’est un collectif belge qui réhabilite des friches industrielles. InfoQuartier Switzerland (un autre collectif, ndlr) nous a aussi aidées. Eux s’attachent à revitaliser des communautés et travaillent sur l’impact social de la réhabilitation. C’était une grande chance pour nous d’avoir eu ces gens à nos côtés au Kosovo. Ils ont pu mettre leur expérience à profit pour la jeunesse d’abord. Maintenant, toute la ville en profite.

« La magie a opéré »

Kosovox : Est-ce qu’on peut qualifier votre démarche, de « nouvelle approche urbanistique » ?

Njomza Dragusha : Dès l’initiative du projet, on s’est dit qu’on allait briser les vieilles méthodes de financement et d’attribution des biens publics. Au Kosovo, une majorité de gens sont rebutés à l’idée de solliciter des financements publics à cause de la corruption. Ils ne font pas de projets juste parce qu’ils craignent de ne jamais obtenir les subsides publics. Alors, nous avons squatté l’espace puis nous l’avons rénové grâce à des matériaux de récupération. A partir de ce moment-là, la magie a opéré. Les habitants de Pristina se sont motivés et ont commencé à s’investir dans le projet.

 

Kosovox : Sur quels projets allez-vous vous lancer désormais ?

Nikki Murseli : Nous avons levé des fonds grâce à un crowdfunding. Cet été, nous investirons cet argent pour améliorer toute l’infrastructure. En septembre, l’idée est d’ouvrir en grandes pompes le nouveau Termokiss. Et donc cela nous permettrait de bâtir un vrai programme culturel 3 à 5 jours par semaine. Des activités que la communauté autour de nous pourra créer de A à Z et des ateliers sur l’urbanisme des friches au Kosovo par exemple. Mais aussi des débats pour assouplir la législation et se réapproprier des espaces à l’abandon.

Kosovox : En quelques mots, comment définiriez-vous l’atmosphère actuelle à Pristina ?

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Nikki Murseli: Nous avons vécu des moments très durs depuis la fin de la guerre en 1999. Pendant longtemps, j’ai eu le sentiment que la jeunesse kosovare s’était endormie. Mais depuis quelques temps, je sens que les gens se réveillent et tentent de créer des choses qui ont du sens, avec le peu qu’ils ont. Désormais nous construisons notre identité. Il y a une fraîcheur dans l’air, et beaucoup de nouveaux projets en devenir.

Propos recueillis par Jonathan DUPRIEZ

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